Former à l’usage critique de l’IA générative dans l’enseignement universitaire : une démarche intégrée et ciblée à l’ULB
Résumé
Depuis la sortie de ChatGPT en novembre 2022, l’intelligence artificielle générative (IAG) s’est rapidement imposée dans les pratiques étudiantes, transformant en profondeur les modes d’apprentissage dans l’enseignement supérieur. À l’ULB, nous avons constaté de fortes inégalités d’usage en fonction de leur environnement d’apprentissage (Bachy, 2025). Les étudiants bénéficiant d’un environnement d’apprentissage favorable mobilisent l’IAG pour enrichir leurs apprentissages, tandis que les plus vulnérables en feraient un usage moins critique, parfois contre-productif.
Face à ces constats, l’université a lancé en 2024 un plan de formation à l’IAG destiné à l’ensemble de la communauté universitaire. Une première phase de sensibilisation massive a été mise en place, abordant le fonctionnement de l’IAG, les règles d’usage inscrites dans le règlement des études, ainsi que les biais cognitifs et éthiques liés à l’utilisation de robots conversationnels.
Pour soutenir la réussite, le Service d’Accompagnement aux Apprentissages (SAA) a développé des ateliers pratiques visant à accompagner les étudiants dans un usage pertinent, critique et éthique de l’IAG dans le cadre de leurs cours. Les résultats d’une enquête auprès de 600 étudiants sur leurs usages de l’IAG constituent l’un des piliers de la construction de ces ateliers. Le deuxième pilier est une collaboration active avec les enseignants afin de répondre à leurs attentes et de rendre l’utilisation de l’IA CoPilot concret pour les apprenants.
L’enquête a permis d’identifier deux types d’usages dominants de l’IAG : la recherche d’informations et la création de contenus (Di Pietro & al., en préparation). Parmi ces deux groupes, quatre profils d’utilisateurs se dégagent :
• Les utilisateurs hybrides : qui utilisent l’IAG indifféremment pour la recherche d’information et la création de contenus.
• Les chercheurs d’informations : dont l’utilisation est principalement la recherche ou la vérification d’informations.
• Les utilisateurs limités : une minorité des étudiants de notre échantillon ont une utilisation restreinte de l’IAG.
• Les créateurs de contenu : qui recourent aux outils d’IAG pour la rédaction et la production de contenus.
Ces quatre profils d’utilisateurs ont amené la création d’ateliers dédiés, qui visent à encourager un usage de l’IAG favorisant l’engagement cognitif et la qualité des productions, tout en respectant les exigences de rigueur scientifique.
Deux dispositifs d’accompagnement testés durant l’année 2025-2026 seront présentés. Le premier, intégré au cours d’écriture scientifique du bachelier en histoire, propose à 140 étudiants de première année une initiation encadrée à l’usage de l’IAG dans l’aide à la rédaction académique. Le second est ouvert à l’ensemble des étudiants (potentiellement 34000) et proposé lors d’événements clés (journée d’accueil, blocus encadrés) ou tout au long de l’année en salle informatique. L’atelier s’appuie notamment sur les travaux de John Hattie (2009) concernant les pratiques ayant un effet favorable sur les apprentissages.
En conclusion, cette présentation vise à faire un retour d’expérience d’accompagnement d’étudiants aux usages critiques de l’IA appuyé par une démarche scientifique.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.