Pratiques enseignantes et Intelligence Artificielle : retours d’expérience et transformations pédagogiques au sein d’un département de sciences économiques d’une Haute Ecole Belge
Résumé
Notre communication s’inscrit dans l’Axe 1 du FCIERI, « Enseignement et développement des compétences pour aujourd’hui et demain ». Elle s’appuie sur des données recueillies depuis deux années dans le cadre des pratiques d’accompagnement des enseignants de la Cellule d’Appui Pédagogique (CAP) de la Brussels Management School (Haute École ICHEC–ECAM–ISFSC) à Bruxelles. La communication est construite autour de deux angles d’analyse.
Le premier angle a pour objectif de problématiser la diversité des usages et des fonctions accordées à l’IA et à ses outils par les enseignants, à travers, notamment, le développement, la transformation, mais aussi les résistances liées à l’intégration de l’IA dans les pratiques enseignantes. L’analyse du matériau rend, d’ores et déjà, visible une série de paramètres parmi lesquels figure l’apparition de nouvelles formulations de consignes destinées aux étudiants, la sélection de certaines tâches par le biais du numérique, les tentatives d’hybridation entre cours en présentiel et en distanciel, ainsi que l’apparition de formes d’assistance algorithmique. Ces évolutions se manifestent également par des ajustements dans les modalités d’accompagnement individualisées envers les futurs gestionnaires d’entreprise, par des modalités d’évaluation et de collaboration entre enseignants pour faire évoluer les pratiques au sein des équipes pédagogiques. Ainsi, les enjeux institutionnels de cohérence, de transparence et de responsabilité éthique au regard des pratiques de formation apparaissent particulièrement saillants dans les discours des enseignants en formation au CAP, notamment lorsqu’il s’agit d’articuler visions du métier, attentes institutionnelles, contraintes disciplinaires et usages pluriels de l’IA avec et pour les étudiants de la haute école.
Le second angle de la communication vise à relire ces mêmes données recueillies, en s’attachant au défi de l’implémentation de l’IA dans les pratiques enseignantes. En effet, le département et ses acteurs ainsi que la Cellule d’Appui Pédagogique (CAP) ??? investissement massivement depuis deux ans pour faire évoluer les pratiques de l’IA et le cadre institutionnel qui les régissent. Les résultats montrent que l’intégration de l’IA dans les pratiques du
département favorise, à des degrés divers, l’apparition de nouvelles formes de collaborations interdisciplinaires entre enseignants internes et externes au département. Cette intégration s’est d’ailleurs accélérée en 2025-2026 participant ainsi au développement d’une identité professionnelle réflexive et à une culture pédagogique partagée. En effet, l’ensemble des évolutions constatées, au-delà de leurs retombées positives sur les pratiques quotidiennes, témoignent plus profondément d’une volonté de redéfinition des postures professionnelles des enseignants en rapport avec les usages qu’ils font de l’IA et de ses outils. Elles renforcent l’efficacité des apprentissages exigeants des sciences économiques tout en permettant aux étudiants de développer des compétences numériques critiques et éthiques dans leurs futures activités professionnelles à un moment où la transition numérique et durable transforme les gestes quotidiens d’enseignement et d’apprentissage.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.