Croyances enseignantes et gestion des comportements : leviers pour actualiser les pratiques de gestion de classe
Résumé
La gestion efficace des comportements constitue un pilier central de la compétence à gérer la classe dans les contextes éducatifs contemporains. Les élèves présentant des difficultés comportementales (PDC) posent des défis particuliers qui nécessitent l’actualisation des pratiques de gestion de classe. Malgré l’existence de pratiques probantes de gestion des comportements (Chaffee et al., 2017; Warmbold-Brann et al., 2017), plusieurs enseignants continuent d’avoir recours à des stratégies coercitives ou punitives qui peuvent accentuer les inégalités et compromettre la réussite de ces élèves (Clunies-Ross et al., 2008; Sellman, 2009). Cette communication s’inscrit dans l’axe 1 du symposium en explorant comment les croyances enseignantes influencent l’actualisation de leurs pratiques de gestion des comportements, un levier essentiel pour comprendre, planifier, mettre en œuvre et réguler la gestion de classe.
L’objectif de cette recherche est de comprendre les liens entre les croyances des enseignants envers l’inclusion des élèves PDC et leurs pratiques autodéclarées de gestion des comportements, à la lumière de la théorie du comportement planifié (Ajzen, 2012). Cette théorie postule que l’intention d’agir, elle-même influencée par les attitudes, les normes subjectives et la perception de contrôle, détermine l’adoption de comportements spécifiques (Opoku et al., 2020). Comprendre ces mécanismes permet d’identifier des leviers pour soutenir le personnel enseignant dans l’actualisation de ses pratiques de gestion de classe dans un monde en mouvance.
Notre étude a mobilisé 2276 enseignants québécois du préscolaire, primaire et secondaire qui ont répondu à sept questionnaires évaluant leurs attitudes cognitives et affectives envers l’inclusion (Mahat, 2008), leurs croyances normatives (McCormick et al., 1997), leur perception de contrôle incluant l’autonomie décisionnelle et l’exigence de la tâche (Fernet et al., 2012), leur sentiment d’auto-efficacité (Gaudreau et al., 2015), leur intention d’agir (MacFarlane et Woolfson, 2013), ainsi que leurs pratiques proactives, réactives recommandées et réactives moins recommandées (Nadeau et al., 2018). Des analyses par modélisation d’équations structurelles ont permis d’examiner les relations entre ces variables.
Les résultats révèlent des leviers importants pour actualiser les pratiques de gestion de classe. D’abord, les attitudes cognitives favorables envers l’inclusion, l’intention d’agir et le sentiment d’auto-efficacité exercent une influence directe significative sur l’utilisation de pratiques proactives et positives. Ces pratiques, reconnues comme probantes, favorisent une gestion de classe optimale avec les élèves PDC. À l’inverse, plus les attitudes sont positives et plus la perception de contrôle est élevée, moins les enseignants ont recours à des pratiques coercitives ou punitives, qui s’avèrent contreproductives pour la gestion de classe.
Les résultats montrent également que la perception de l’exigence de la tâche influence négativement l’utilisation de pratiques proactives tout en favorisant le recours à des stratégies réactives. Ceci souligne l’importance de soutenir les enseignants pour qu’ils puissent actualiser leurs pratiques de gestion de classe et maintenir des stratégies optimales, même dans des contextes exigeants qui caractérisent le monde éducatif en mouvance (Kamanzi et al., 2015).

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.