L’humour, une compétence au service d’une autorité légitime ? Perspectives d’élèves du secondaire
Résumé
Enseigner apparaît comme une tâche de plus en plus complexe dans un contexte de crise croissante de l’autorité (Berkowitz, 2020). Les transformations sociétales des dernières décennies, qui affectent les institutions et redéfinissent les rapports intergénérationnels, ont contribué à fragiliser l’autorité des enseignant·es (Antas-Jaszczuk, 2022). Dans ce contexte, nombre d’entre elles·eux rapportent éprouver des difficultés à instaurer un climat de classe propice à la réussite de l’ensemble des élèves (Clunies-Ross et al., 2008).
Face à ces tensions, deux réponses opposées émergent : une autorité autoritariste fondée sur la contrainte et une autorité évacuée marquée par l’effacement de toute asymétrie (Robbes, 2020). Entre ces extrêmes, l’autorité pédagogique repose sur une éthique relationnelle et sur la reconnaissance par les élèves de demandes jugées légitimes (Joinel Alvarez, 2024). Dans un contexte où les repères d’autorité se fragilisent (Paula Pierella, 2014), les recherches récentes soulignent l’importance de la dimension relationnelle dans la reconnaissance de l’autorité enseignante (Joinel Alvarez, en cours). Quel que soit leur âge, les élèves mettent en avant la nécessité d’une relation fondée sur le respect et la confiance, et beaucoup évoquent spontanément l’humour comme composante essentielle de ces relations.
Ce lien peut sembler paradoxal : l’humour évoquant la légèreté et parfois la subversion des règles, et l’autorité renvoyant au cadre et à l’exigence (Cordier, 2023). Pour autant, il repose sur des points communs essentiels : tous deux sont relationnels, contextuels et personnels. Envisagé comme une compétence professionnelle, l’humour constitue ainsi un indicateur de la capacité des enseignant·es à exercer leur autorité en articulant symétrie et asymétrie (Beretti, 2023).
Si l’impact de l’humour sur les apprentissages et la motivation des élèves a fait l’objet de travaux récents (Bogatti, 2024), son rôle dans la construction de l’autorité pédagogique demeure, à notre connaissance, inexploré. Cette contribution vise à éclairer le lien entre les différents types d’humour utilisés par l’enseignant·e — affiliatif, auto-dérisoire et agressif (Robinson, 2023) — et son autorité du point de vue des élèves. Quinze entretiens semi-directifs ont été menés auprès d’élèves du secondaire dans le canton de Vaud (Suisse). Les données ont été intégralement retranscrites puis analysées selon les principes de l’analyse thématique (Paillé et Mucchielli, 2016).
Les résultats montrent que l’humour est perçu par les élèves comme un médiateur relationnel susceptible de favoriser un climat de classe propice à l’engagement, notamment en soutenant la participation et l’attention. Certaines formes d’humour contribuent ainsi à l’autorité pédagogique lorsqu’elles sont interprétées comme respectueuses et ajustées au contexte interactionnel. À l’inverse, les formes d’humour jugées ambiguës ou humiliantes sont associées à une dégradation de la relation. Les effets de l’humour ne tiennent donc pas à sa seule présence, mais aux significations qui lui sont attribuées dans l’interaction et dépendent des dynamiques de classe, des normes sociales et des conditions de reconnaissance mutuelle. Aussi, des recherches futures croisant les perceptions des élèves et des enseignant·es s’avèreraient indispensables pour saisir comment ces processus relationnels se déploient et pour éclairer les décalages potentiels entre intention pédagogique et réception vécue.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.