Clim@t : analyse d’une séquence d’enseignement et d’apprentissage développée pour une gestion de classe à l’ère du numérique
Résumé
La gestion de classe constitue un défi majeur pour le personnel enseignant (Julien, 2025). Elle implique notamment de porter attention aux relations entre élèves afin d’établir un climat de classe positif (Archambault et Chouinard, 2022). Dans un contexte d’expansion du numérique, cette compétence doit être repensée, puisqu’une partie des interactions échappe désormais au cadre de la classe.
L’usage des plateformes numériques et des réseaux sociaux prolonge les interactions entre élèves. Celles-ci peuvent engendrer des défis relationnels : malentendus, réactions impulsives ou conflits (Macilotti, 2019; O’Reilly et al., 2024), susceptibles d’influencer négativement le climat (Elsaesser et al., 2021). Pour les relever, des pratiques préventives centrées sur des relations positives en ligne sont nécessaires. Or, des recherches soulignent le manque de préparation des enseignant·es novices (Frederick et al., 2023; Pellerin et Jacquet, 2021; Thompson, 2022). La recherche Clim@t vise ainsi à analyser une séquence de situations d’enseignement et d’apprentissage soutenant le coétablissement d’un climat positif à l’ère numérique. Deux objectifs guident l’étude : dégager des constats réflexifs issus de la mise à l’essai et identifier des principes transférables de la séquence révisée.
Karaferye (2024) conceptualise la gestion de classe à l’ère du numérique comme un processus intentionnel visant à créer un climat positif, soutenant apprentissages et développement socioémotionnel par des relations bienveillantes, des routines structurantes, une communication empathique et l’usage réfléchi des technologies. Les interactions en ligne sont entendues comme des échanges entre locuteurs sur une plateforme (Quintin et Masperi, 2010).
Le projet Clim@t adopte une méthodologie de recherche-développement. À partir d’incidents critiques suivis d’entretiens (4), ainsi que d’un examen de connaissances systématisé (42 articles), une séquence a été conçue puis mise à l’essai dans trois groupes du 3e cycle du primaire (au Québec). Les entretiens de mise au point et rétroactions écrites des trois novices ont fait l’objet d’une analyse thématique, en triangulation avec les données de conception.
Les résultats suggèrent que des problèmes d’interactions en ligne (p. ex. propos inappropriés) suscitent des émotions inconfortables chez les novices et nuisent au climat (p. ex. interruptions des apprentissages). Ils révèlent un besoin de planification concertée « clé en mains » pour anticiper ces situations. La mise à l’essai de la séquence entraine des ajustements de pratiques (p. ex. recourir au plan de travail) et met en évidence des principes de mise en œuvre : intégration dans un programme structuré, temps prévu, articulation théorie-pratique, multimodalité et collaboration école-famille-communauté. Ces repères pour la séquence révisée peuvent être interprétés comme une retombée associée à l’agentivité transformatrice (Issac et al., 2021), fondée sur le croisement de problèmes, besoins et connaissances issues de la recherche et du terrain.
L’étude souligne l’importance de développer la compétence à gérer la classe à l’ère du numérique, en formation initiale et continue. Parmi les limites, l’analyse repose majoritairement sur les perceptions de novices, sans investigation directe du climat ni des élèves, dans un contexte technologique évolutif. Les perspectives concernent la mise à jour de la séquence et l’évaluation de ses retombées sur le climat de classe et les cybercompétences socioémotionnelles.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.