Formation en littératie de l’intelligence artificielle : proposition d’un cadre de référence pour les directions d’établissement d’enseignement
Résumé
Cette communication s’appuie sur un article publié dans la revue Enjeux et société portant sur le développement d’un cadre de référence en littératie de l’intelligence artificielle destiné aux directions d’établissement d’enseignement (Villeneuve et Dessureault, 2025).
L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans tous les secteurs d’activité humaine transforme profondément le monde du travail, y compris le domaine éducatif. Les directions d’établissement d’enseignement se trouvent aujourd’hui confrontées à un double défi : comprendre les implications de cette technologie en croissance tout en développant les compétences nécessaires pour l’intégrer efficacement dans leurs pratiques de gestion en tant que leader pédagogique. Cette communication présente un cadre de référence en littératie de l’IA conçu pour la formation des directions d’établissement d’enseignement.
Notre recherche est fondée sur une recension narrative de quarante-trois articles scientifiques publiés entre 2000 et 2025. Cette approche méthodologique a permis de produire une synthèse des connaissances actuelles sur l’IA et sa littératie, en articulant deux phases de catégorisation des données. La première phase a consisté à distinguer les connaissances fondamentales sur l’IA des dimensions spécifiques de la littératie en IA. La seconde phase, effectuée avec une validation interjuges, a permis une catégorisation structurante pour élaborer notre cadre de référence.
Celui-ci s’articule autour de six axes de formation. Le premier axe vise à développer une conscience technologique permettant aux directions d’identifier les outils d’IA présents dans leur environnement professionnel et d’évaluer leurs pratiques numériques. Le deuxième axe porte sur la maîtrise des concepts clés de l’IA, incluant l’apprentissage automatique, les réseaux neuronaux et les grands modèles de langage. Le troisième axe concerne l’intégration de l’IA dans la gestion scolaire, en prenant en compte la collaboration humain-machine et les projets pilotes d’implantation. Le quatrième axe a trait à l’analyse critique des résultats générés par l’IA et l’évaluation des solutions de celle-ci. Le cinquième axe encourage la créativité et l’innovation, notamment par la maîtrise de la rédactique (prompt engineering). Enfin, le sixième axe sensibilise aux enjeux éthiques liés à l’utilisation de l’IA en éducation.
L’analyse quantitative du corpus révèle que l’intégration de l’IA dans la gestion scolaire constitue la dimension la plus documentée, représentant vingt-huit pour cent des références analysées, suivie de la maîtrise des concepts clés à vingt et un pour cent. Cette répartition confirme l’importance accordée par la communauté scientifique aux aspects pratiques et théoriques de l’IA en administration de l’éducation.
Cette recherche présente une contribution scientifique importante en proposant un cadre de référence francophone en littératie de l’IA destiné aux directions d’établissement d’enseignement. Sur le plan pratique, ce cadre offre un outil structurant pour l’élaboration de programmes de formation initiale et continue des directions d’établissement d’enseignement. La communication mettra également en lumière le concept émergent du prochain leadership numérique, indispensable pour permettre aux directions d’établissement de faire face aux transformations induites par le développement soutenu de l’IA. Les implications pour les universités, les associations professionnelles et les milieux de pratique seront discutées afin de favoriser une appropriation collaborative de ce cadre de référence.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.