Développer la flexibilité psychologique en gestion de classe : retombées perçues d’ateliers destinés à des personnes enseignantes au primaire
Résumé
Depuis quelques années, le développement des compétences socioémotionnelles (CSÉ) du personnel enseignant apparait comme une avenue prometteuse pour faire face aux défis rencontrés en gestion de classe (ex. Laferrière et al., 2025; Smith et al., 2022). Les CSÉ sont associées à la confiance du personnel enseignant en ses interventions, à la qualité de la relation élève-enseignant, à l’utilisation des pratiques éducatives, à l’établissement d’un climat de classe sécurisant, à la capacité à gérer le stress, à la prévention de l’épuisement professionnel et à la satisfaction au travail (ex. Jennings et al., 2017). Or, les approches permettant de soutenir le développement des CSÉ misent peu sur la flexibilité psychologique et sont peu contextualisées à la gestion de classe.
Cette communication place les émotions au cœur de la gestion de classe et du bien-être à l’école afin de répondre à la question suivante : Quelles sont les retombées perçues par des enseignantes au primaire d’ateliers de formation sur le développement de leur flexibilité psychologique en gestion de classe?
Les ateliers de formation mobilisent deux composantes théoriques novatrices. D’un côté, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) (Hayes et al., 2012) qui permet de développer la flexibilité psychologique articulant la présence (observer ses expériences internes), l’ouverture (accueillir les émotions) et l’action engagée (agir intentionnellement en cohérence avec ses valeurs). De l’autre, l’accompagnement émotionnel (Gottman et al., 1996; Lafrance et al., 2020) qui permet de développer l’écoute empathique, la validation des émotions et la relation sécurisante pour soutenir la (co)régulation émotionnelle.
De janvier à avril 2026, 19 enseignantes au primaire (âge moyen : 35 ans ; expérience moyenne : 10,5 ans) ont participé aux ateliers de formation offerts sur quatre demi-journées (1/mois) et au projet de recherche. Ce projet de recherche-action-formation repose sur un devis de recherche descriptif, qualitatif et collaboratif faisant appel au travail conjoint du chercheur et des formatrices. L’évaluation des retombées perçues des ateliers mobilise une adaptation du modèle d’évaluation des retombées du développement professionnel de Coldwell et Simkins (2011). La collecte de données comprend : 1) des fiches d’appréciation évaluant les retombées immédiates à la fin de chaque atelier et 2) des entrevues semi-dirigées individuelles réalisées trois semaines après la fin des ateliers (mai 2026) évaluant les retombées intermédiaires. Un processus d’analyse des données inductif modéré a été utilisé dans le logiciel NVivo.
Les résultats mettent en évidence des apprentissages (ex. personnels et professionnels) qui soutiennent le développement de la flexibilité psychologique des participantes. Ils illustrent aussi des stratégies (ex. autorégulation) et des outils (ex. carrefour giratoire de la frustration) que les participantes ont transférés dans leur pratique et certaines conditions (ex. temps, soutien) liées à l’actualisation de la flexibilité psychologique. Enfin, les résultats identifient des changements perçus par les participantes suite aux ateliers (ex. capacité renforcée à agir selon ses valeurs dans les moments difficiles). Globalement, les résultats permettent d’identifier des leviers soutenant le développement de la flexibilité psychologique des enseignants en contexte de gestion de classe. Des limites ainsi que des pistes d’intervention et de recherche seront présentées.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.