Évolutions des attentes à l’égard des superviseurs de stage des enseignants
Résumé
Dans un monde en transition caractérisé par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté (Canzittu, 2023), la formation des enseignants vise « explicitement à l’exercice d’un travail organisé et reconnu » (Lessard & Bourdoncle, 2002, p. 131). Pour cela, elle prépare les étudiants à un champ professionnel, en l’occurrence celui de l’enseignement, et non à un lieu de travail spécifique et limité (Derobertmasure & Dehon, 2012). La formation professionnalisante des enseignants se déroule alors en alternance (Bluteau, 2024). Elle reconnait deux milieux de formation principaux : l’institution de formation et le milieu scolaire. Le va-et-vient des étudiants a alors pour but de limiter le choc de la réalité lors de l’insertion professionnelle et de favoriser la persévérance des enseignants (Baco, 2025). Lors des stages, pour atteindre les buts précités, les stagiaires sont soutenus par des formateurs de terrain et des superviseurs. Les formateurs de terrain sont les enseignants qui forment et accompagnent les stagiaires dans leur classe alors que les superviseurs sont les enseignants issus de l’institution de formation qui forment et accompagnent un stagiaire durant son stage (Gagné & Nolin, 2023). Avec le stagiaire, ces deux formateurs forment la triade.
Les superviseurs mettent en oeuvre des compétences complexes et ont un rôle important à jouer pour soutenir la collaboration au sein de la triade (Portelance et al., 2008). Toutefois, différentes études montrent qu’ils peuvent vivre de nombreuses tensions. Par exemple, ils doivent d’une part soutenir le développement professionnel du stagiaire et d’autre part l’évaluer (Maes, 2021). Si ces rôles du superviseur sont importants, force est de constater que la place du superviseur dans les programmes de formation ainsi que les attentes à son égard varient dans le temps et l’espace selon les systèmes éducatifs.
Dans ce contexte, afin de mieux comprendre les transitions quant aux attentes formulées pour la fonction de superviseur, ancrée dans l’axe 2 du Forum, cette communication a pour objectif de présenter une analyse historico-critique des attentes formulées par le législateur (ex. Ministère) au sujet de la fonction de superviseur dans quatre systèmes éducatifs : Québec, Belgique francophone, Canton de Vaud (Suisse) et France. Pour cela, une étude documentaire sur plus de 20 ans a permis d’identifier les transitions quant aux attentes à l’égard des superviseurs. Les résultats indiquent que la place des superviseurs au sein des dispositifs peut varier fortement. Cela peut dépendre, notamment, de la place accordée au formateur de terrain.
Les résultats indiquent aussi que, dans plusieurs systèmes éducatifs, des efforts ont été faits pour identifier les compétences attendues des superviseurs, notamment au travers de référentiels. Des formations, elles aussi variables quant à leur durée et à leur caractère obligatoire ou non, ont été mises en place à des moments différents selon les systèmes éducatifs. Pour répondre aux besoins changeants des stagiaires, dictés par l’évolution de la société et des environnements d’apprentissage, les résultats peuvent alimenter les réflexions au sujet de la fonction de superviseur. Ils offrent des pistes pour renforcer la professionnalité des superviseurs et soutenir une formation de qualité des enseignants.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.