Regard sur les préoccupations des stagiaires en enseignement au Québec : développement et validation d’un questionnaire
Résumé
Le métier d’enseignant est reconnu pour ses exigences physiques, émotionnelles et cognitives élevées, plaçant les personnes en formation initiale devant des situations fréquentes de stress, d’incertitude et de remise en question (Tardif, 2013; Desbiens et al., 2018). Ces expériences contribuent à l’émergence de préoccupations qui influencent directement la motivation, le sentiment d’efficacité personnelle et la persévérance en formation. Au Québec, le taux d’abandon dans les programmes de formation à l’enseignement, estimé à près de 40 % (Goyette, 2021), met en lumière la nécessité de mieux comprendre ces préoccupations pour agir en amont des difficultés vécues par les stagiaires.
Historiquement, Fuller (1969) a conceptualisé le développement des préoccupations selon trois stades : centrées sur soi, sur la tâche, puis sur les élèves. Toutefois, des recherches ultérieures (Desbiens et al., 2018; Hynes-Dusel, 1999) remettent en cause la linéarité et la stabilité de ce modèle, de même que la validité des instruments qui en découlent. Dans ce contexte, il apparaît essentiel de concevoir un outil actualisé et culturellement ancré pour identifier les préoccupations des stagiaires, soutenir leur développement professionnel et améliorer la qualité de leur accompagnement en stage.
La présente communication s’inscrit dans ce cadre et vise deux objectifs : 1) décrire la démarche de développement et de validation du questionnaire et 2) exposer les préoccupations des stagiaires en enseignement au Québec.
Cette recherche adopte une approche descriptive à visée instrumentale. Elle s’appuie sur le questionnaire de Desbiens et al. (2017), développé et validé auprès des stagiaires en ÉPS au Québec, qui a été revu et bonifié à la lumière d’une analyse approfondie de la littérature et de l’expertise de trois chercheur·e·s en formation pratique et d’une didacticienne du français. Plusieurs énoncés ont ainsi été reformulés, ajoutés ou retirés afin d’assurer la pertinence de l’instrument pour les contextes d’enseignement au préscolaire, au primaire et au secondaire au Québec.
L’instrument comprend deux sections : la première recueille des données sociodémographiques, tandis que la seconde mesure différents types de préoccupations sur une échelle à huit niveaux. La collecte de données a impliqué environ 100 stagiaires inscrits au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire et au baccalauréat en enseignement secondaire à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Les résultats indiquent une bonne clarté des énoncés, une forte acceptabilité de l’outil et une variabilité suffisante des réponses, permettant d’envisager des analyses factorielles exploratoires. Ces premiers constats répondent au premier objectif de la recherche, soit la validation préliminaire du questionnaire, tout en éclairant le second objectif par la mise en évidence d’une structure multidimensionnelle intégrant des préoccupations liées à la tâche d’enseignement, à l’évaluation en stage et aux relations d’accompagnement.
Sur le plan scientifique, le projet contribue à l’avancement des connaissances sur les préoccupations des stagiaires québécois en enseignement. Sur le plan institutionnel, il offre des repères empiriques pour adapter les dispositifs d’accompagnement, favorisant des pratiques plus sensibles, personnalisées et préventives. Enfin, pour les superviseurs, le questionnaire constitue un outil diagnostique et réflexif, permettant de transformer les préoccupations en leviers de développement professionnel, au service d’une formation plus humaine.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.