Soutenir la prise de décisions des personnes enseignantes novices pour prévenir l’effondrement autistique en classe inclusive
Résumé
Le système éducatif québécois, comme d’autres, s’oriente vers une gestion de classe qui tient compte de la diversité, de l’équité ainsi que de l’inclusion (Axe 3). Les personnes enseignantes, particulièrement les novices, font face à une surcharge de travail liée à la diversité des élèves et à la réduction des services spécialisés (Fortier-Moreau, 2021). L’inclusion des élèves autistes, dont la prévalence est croissante en milieu scolaire (Agence de la santé publique du Canada, 2022), pose des défis spécifiques en classe inclusive. Certains élèves autistes peuvent vivre des crises en situation de surcharge ou de détresse. Parfois, leur escalade est exacerbée par des interventions pédagogiques inadaptées (Allen et al., 2021). L’apogée de ces crises, aussi appelé effondrement autistique (Lewis et Stevens, 2023), est éprouvant, mais peut être évité ou atténué (Clément, 2016), voire prévenu.
Le transfert de connaissances relatives aux pratiques préventives documentées vers les milieux scolaires peut être entravé par un manque d’accessibilité (Marion et Houlfort, 2015; Bergeron et al., 2021). Les personnes enseignantes novices ont besoin d’outils concrets pour prendre des décisions éclairées dans des contextes complexes (Cook et al., 2013; Wanlin et Crahay, 2012) comme celui de la gestion des crises. Le projet mené a pour objectifs : 1) analyser les besoins des personnes enseignantes novices pour ensuite 2) développer un outil d’aide à la décision favorisant la prévention de l’effondrement autistique en classe inclusive.
Le cadre conceptuel repose notamment sur deux repères soutenant la prise de décisions (Bergeron, 2019; Wolff et al., 2021) : la gestion de classe inclusive (Gaudreau, 2015) et la prévention des crises auprès d’élèves autistes (Caron et al., à paraitre; Colvin et Sheehan, 2012). Le projet s’inscrit dans une démarche de recherche‑développement (Bergeron et Rousseau, 2021). Les participantes, quatre enseignantes novices volontaires et un groupe expert ayant consenti à la collecte, ont pris part à des entretiens semi‑dirigés. Les données font l’objet d’une analyse inductive visant à dégager les besoins et à orienter la conception et la mise à l’essai d’un prototype de l’outil.
Les résultats préliminaires indiquent notamment un besoin de concrétisation, de simplicité et de réflexion pour prévenir l’escalade des crises. De plus, l’absence fréquente de diagnostic d’autisme au primaire présente à la fois une opportunité et des obstacles. Selon des participantes, l’absence « d’étiquette » est bénéfique à l’atteinte d’une visée inclusive, mais peut complexifier le choix d’interventions préventives. La version actuelle de l’outil tient compte des besoins exprimés. Elle est orientée vers l’identification des signes avant‑coureurs de la crise et des choix visant à atténuer les risques d’effondrement autistique. Dans un contexte où les personnes enseignantes novices font face à une surcharge cognitive et organisationnelle (Fortier-Moreau, 2021), la présence de repères semble favoriser une action plus réfléchie que réactive (Bergeron et Bergeron, 2025). En ce sens, l’outil agit comme médiateur entre les connaissances issues de la recherche et l’intervention éducative. Bien que l’étude repose sur un nombre restreint de personnes participantes et une mise à l’essai théorique, elle ouvre des perspectives quant à l’expérimentation empirique de l’outil.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.