Sentiment d’efficacité personnelle du personnel enseignant québécois du primaire à mettre en œuvre des pratiques inclusives
Résumé
Malgré les nombreuses valeurs sociales qu’une approche inclusive peut promouvoir, la mise en œuvre de pratiques inclusives dans les classes ordinaires peut comporter plusieurs défis pédagogiques, sociaux et émotionnels exigeant du personnel enseignant une préparation formelle ainsi que des compétences personnelles adéquates (Lai et al., 2016 ; Shah et al., 2016). Parmi les indicateurs permettant d’apprécier la préparation du personnel enseignant à intervenir en contexte d’une classe dite inclusive, le sentiment d’efficacité personnelle (SEP) à mettre en œuvre des pratiques inclusives constitue un levier pertinent (Alsarawi et Sukonthaman, 2023 ; Cardona-Molto et al., 2020 ; Chao et al., 2018 ; Ekins et al., 2016 ; Emam et Al Mahdy, 2020 ; Sharma et al., 2012 ; Sharma et al., 2021 ; Tumkaya et Miller, 2020 ; Woodcock et al., 2023). Les résultats empiriques montrent que le SEP du personnel enseignant constitue l’un des plus importants prédicteurs de l’efficacité et de la réussite des pratiques inclusives (Kiel et al., 2020 ; Park et al., 2025 ; Woodcock et al., 2023). Dans ce sens, la présente communication porte sur une recherche visant à décrire et à expliquer le niveau du SEP du personnel enseignant québécois du primaire à l’égard de trois domaines de compétences essentiels pour mettre en œuvre de pratiques inclusives, soit l’utilisation des instructions inclusives (UII), la gestion des comportements perturbateurs (GCP) et la collaboration (CL). Le SEP à l’égard de ces trois domaines de compétences est considéré comme essentiel pour réussir dans un contexte d’une classe dite inclusive (Alnahdi, 2020 ; Ivana et al., 2022 ; Olavyar, 2022 ; Sharma et al., 2012 ; Tumkaya et Miller, 2020). Le cadre conceptuel de cette recherche porte essentiellement sur l’étude de deux concepts, à savoir le SEP (Bandura, 1977) et les pratiques inclusives (Ainscow, 2020 ; Finkelstein et al., 2021 ; Sharma et al., 2012). Une méthode de recherche mixte a été retenue pour réaliser cette étude (Creswell, 2012 ; Creswell et Plano Clark, 2018). Les résultats quantitatifs obtenus montrent que le personnel enseignant québécois du primaire se sent plus efficace à l’égard du domaine de l’UII que des domaines de la GCP et de la CL. Ils montrent également que le genre constitue le seul facteur personnel associé de manière significative aux variations du niveau du SEP à l’égard des domaines de compétences essentiels à la mise en œuvre des pratiques inclusives parmi quatre facteurs examinés dans le cadre de cette recherche. Ces résultats pourraient être utiles pour orienter les programmes de formation initiale et continue du personnel enseignant québécois du primaire. Si ce dernier se perçoit efficace à l’égard du domaine de l’UII, il est possible qu’il ait déjà acquis un niveau d’expérience et de savoir-faire en matière de mise en œuvre des pratiques inclusives associées à ce domaine de compétences. Dans ce cas, l’offre de formation, d’accompagnement et de soutien destinée au personnel enseignant pourrait être davantage orientée vers les domaines de compétences à l’égard desquels celui-ci se sent moins efficace. Lors de cette communication, il sera question de présenter la problématique de recherche, un aperçu de l’approche méthodologique utilisée ainsi que les principaux résultats quantitatifs obtenus.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.