ThinkGreen : Un dispositif d’apprentissage par projet pour une programmation écoresponsable
Résumé
L’enseignement de la programmation orientée objet avancée (POOA) en Java dans les cursus universitaires en informatique fait face à un double défi : des pratiques pédagogiques encore largement fondées sur des exercices abstraits, limitant l’apprentissage à une maîtrise syntaxique, et une faible prise en compte des enjeux environnementaux dans les formations techniques. Cet article présente ThinkGreen, un dispositif pédagogique conçu pour répondre à ces deux limites en articulant acquisition de compétences avancées en POO et sensibilisation aux problématiques de durabilité, en lien avec les Objectifs de Développement Durable (ODD).
La recherche s’articule autour de la question suivante : comment concevoir un dispositif d’apprentissage permettant aux étudiants de mobiliser les concepts avancés de la POO dans des contextes authentiques tout en intégrant une réflexion écoresponsable de manière non cloisonnée ? Le cadre théorique mobilise les travaux sur l’apprentissage par projet ainsi que ceux relatifs à l’Éducation au Développement Durable. Sur cette base, ThinkGreen repose sur quatre principes structurants : (1) un ancrage environnemental explicite des projets, (2) une autonomie guidée des étudiants, (3) une mobilisation contextualisée des concepts avancés de la POO, et (4) une intégration d’une dimension réflexive dans l’évaluation.
Le dispositif a été initialement déployé en 2022 dans le cadre d’un atelier de POOA en deuxième année de licence DSI à l’ISET Nabeul. Deux itérations ont été menées, impliquant au total 27 binômes d’étudiants. Les participants ont conçu et développé des applications Java traitant de problématiques environnementales variées, telles que la gestion de l’empreinte carbone, l’optimisation de la consommation d’eau ou la dématérialisation des processus. Ces projets s’inscrivent explicitement dans plusieurs ODD, notamment l’ODD 6 (eau propre et assainissement), l’ODD 7 (énergie propre et d’un coût abordable), l’ODD 12 (consommation et production responsables) et l’ODD 13 (lutte contre les changements climatiques).
Une itération ultérieure, réalisée en 2025 par une autre enseignante dans un contexte pédagogique distinct, a repris et adapté le dispositif, en introduisant notamment un renforcement de la modélisation UML et une co-évaluation entre pairs. Cette adoption indépendante constitue un premier indicateur de la transférabilité et de la robustesse de l’approche.
L’évaluation repose sur une grille structurée autour de trois dimensions : qualité technique, pertinence environnementale et capacité réflexive. Les résultats observés mettent en évidence une implication accrue des étudiants dans les phases de conception, une meilleure appropriation des concepts avancés de la POO dans des contextes appliqués, ainsi que l’émergence d’une réflexion critique sur l’impact environnemental des solutions développées.
Cette contribution apporte trois éléments principaux : (1) la formalisation d’un dispositif pédagogique intégrant de manière opérationnelle les enjeux de durabilité dans l’enseignement de la programmation, (2) un retour d’expérience empirique basé sur deux itérations s’étendant de 2022 à 2025, et (3) la proposition d’un modèle générique, XGreen, visant à étendre cette approche à d’autres domaines de l’informatique (Big Data, Machine Learning, etc). Les limites de l’étude, notamment l’absence de groupe témoin et de mesures quantitatives standardisées, ouvrent des perspectives de recherche futures en vue d’une validation expérimentale plus approfondie.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.