L’enseignant augmenté au Liban : La Révolution IA est-elle pour demain ?
Résumé
L’avènement de l’intelligence artificielle (IA) interroge
en profondeur l’avenir du métier d’enseignant. Alors que
certains redoutent une substitution progressive des
enseignants par des systèmes intelligents capables de
générer des contenus, de corriger et de personnaliser
l’apprentissage, d’autres y voient une opportunité de
redéfinir et de valoriser les dimensions humaines,
critiques et créatives de la profession. Dans un contexte
libanais marqué par des crises multiples — économique,
institutionnelle et académique — la question se pose avec
une acuité particulière : l’IA constitue-t-elle une menace
pour l’enseignant ou une chance de réinventer son rôle et
ses pratiques ?
Notre communication se propose d’examiner cette
problématique à travers une double démarche :
– Une revue de littérature internationale et locale sur les
impacts de l’IA dans l’enseignement, afin d’identifier les
tâches susceptibles d’être automatisées et celles qui
demeurent difficilement remplaçables.
– Une enquête exploratoire par questionnaire qui couvre 3
niveaux :
a. Macro : l’administration (Doyen, directeur de section,
chefs de département)
b. Méso : les enseignants
c. Micro : les étudiants inscrits en mastère et en licence
(Faculté de Pédagogie, Université Libanaise)
afin de recueillir leurs représentations, leurs craintes et
leurs attentes face à l’IA.
L’analyse visera à dégager des scénarios prospectifs du
métier d’enseignant au Liban à l’horizon 2035, en
soulignant les conditions nécessaires pour une intégration
équilibrée de l’IA. L’objectif est de contribuer au débat
académique sur la transformation de l’enseignement au Liban
et d’ouvrir des pistes pour une reconfiguration du métier,
conciliant innovation technologique et mission humaniste.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.