Former les directions d’établissement d’enseignement à la littératie de l’intelligence artificielle : proposition d’un cadre de référence
Résumé
L’intelligence artificielle (IA) occupe une place croissante en éducation (Zhang et Aslan, 2021), y compris en administration de l’éducation, où elle sert notamment à l’analyse prédictive et à la gestion de l’organisation scolaire (Arar et al., 2025). Les directions d’établissement d’enseignement (DÉE) disposent pourtant de peu de repères de formation en la matière (Rioux, 2025), aucun module des DESS québécois n’abordant l’IA au-delà de sa dimension instrumentale. Cette conférence présente un cadre de référence en littératie de l’IA pour leur formation.
Le cadre repose sur deux ancrages théoriques : la littératie en IA, soit les compétences permettant d’évaluer, d’utiliser l’IA et de collaborer avec elle (Long et Magerko, 2020; Almatrafi et al., 2024), et le « prochain leadership numérique » (Van Quaquebeke et Gerpott, 2023), concept prospectif selon lequel l’IA ne se contentera pas de soutenir le leadership humain, mais le remplacera en répondant elle-même aux besoins d’autonomie, de compétence et d’affiliation des personnes.
Issu d’une recension narrative des écrits, il propose six axes de formation : développer une conscience technologique, maîtriser les concepts clés de l’IA, intégrer l’IA dans la gestion scolaire, analyser et évaluer, créer et innover, assurer une utilisation éthique de l’IA. Ces axes n’occupent pas une place égale dans les 43 articles recensés. L’intégration de l’IA dans la gestion scolaire y est la plus présente (28 % des références), suivie de la maîtrise des concepts clés de l’IA (21 %), puis, à égalité, du développement d’une conscience technologique et de l’utilisation éthique de l’IA (16 % chacun). L’analyse et l’évaluation suivent (14 %), alors que la création et l’innovation demeurent marginales (5 %).
La conférence sert d’espace de discussion sur les éléments qui le composent, sur ses limites et sur son potentiel de transférabilité à d’autres contextes nationaux.
Mots-clés : intelligence artificielle; administration de l’éducation; littératie en IA; formation; leadership numérique

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.