La matrice de Colletti, un outil visuel de gestion du changement
Résumé
Cette communication s’inscrit dans un projet plus vaste d’implantation de salles de pilotage dans 5 écoles publiques québécoises au cours de l’année scolaire 2024-2025. Les directions d’école arrivent en poste de plus en plus jeunes, avec peu d’expérience et une reddition de comptes importante. Malgré tout, elles souhaitent exercer leurs responsabilités avec diligence et efficacité.
La gestion du changement est reconnue pour être difficile. Dans le cas présent, les directions d’écoles souhaitaient avoir un outil leur permettant de suivre visuellement l’état d’avancement du changement et de son implantation afin d’exercer leur leadership d’une manière partagée avec l’ensemble des personnels de l’école pour que le changement ait un sens pour eux.
Les objectifs poursuivis dans le cadre de cette recherche-action-formation visaient notamment la description et l’expérimentation de la matrice de Colletti dans l’implantation d’un plan d’action.
Cette recherche présuppose l’importance d’un leadership distribué (Spillane, 2006) et transformationnel (Leithwood & Jantzi, 2009) pour mobiliser l’équipe-école. Ce leadership s’actualise par l’utilisation d’une gestion visuelle efficace des données qui prend en compte le contexte et la culture de l’organisation (Eberhard, 2023). Visuellement, une matrice inspirée de celle de Coletti (2013) offre un outil de « sensemaking » (Weick, 2000) pour les gestionnaires de l’éducation et leur équipe. Ces différents référents conceptuels permettent de profiter d’une vue d’ensemble des besoins des utilisateurs de l’outil de gestion visuelle.
Cette recherche, présentée sous forme d’étude de cas, s’appuie sur une approche qualitative interprétative, combinant des entretiens semi-dirigés avec 10 leaders scolaires ; l’analyse des artefacts visuels des salles de pilotage des écoles participantes ; des observations de séances de travail collaboratif des gestionnaires et une analyse du niveau de préparation à l’amélioration continue.
Les données proviennent de quatre centres de services scolaires québécois engagés dans des démarches d’amélioration continue fondées sur les données.
L’utilisation de la matrice de Colletti a notamment permis un meilleur monitorage des données (représentation visuelle commune), une compréhension plus collective (sensemaking) des actions à entreprendre et de leur suivi dans un contexte de changement et une plus grande cohérence des actions à différents niveaux hiérarchiques de l’organisation. Les membres de l’équipe-école ont rapporté une meilleure compréhension des objectifs stratégiques de l’école et une plus grande habileté à aligner les actions avec ces objectifs.
À l’instar d’autres auteurs, la visualisation des données d’avancement agit comme « objets-frontières » (Star & Griesemer, 1989), facilitant la médiation entre les différents acteurs. L’efficacité de l’outil de visualisation dépend notamment du contexte, de la culture organisationnelle et du niveau de littératie des utilisateurs (Eberhard, 2023).
Bien que cette recherche ait été menée à petite échelle avec un petit nombre de cas, elle semble indiquer la pertinence de l’utilisation de la matrice de Colletti dans un contexte de gestion du changement. Il sera intéressant de suivre son utilisation d’un point de vue longitudinal afin d’en évaluer les retombées à long terme de même que la persistance de son utilisation par les équipes-écoles.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.