Digitalisation et engagement des apprenants adultes dans l’enseignement supérieur : transformations des parcours et pratiques professionnelles
Résumé
La digitalisation dans l’enseignement supérieur constitue aujourd’hui un axe majeur de transformation organisationnelle. Elle ne se limite pas à l’usage d’outils numériques : elle interroge les modalités d’accès à la formation, les parcours d’apprentissage, les formes d’accompagnement, les interactions entre institutions et apprenants ainsi que les pratiques professionnelles des acteurs institutionnels. Dans le champ de la formation des adultes, ces évolutions questionnent l’engagement dans des dispositifs hybrides et individualisés, ainsi que les enjeux d’équité et d’inclusion.
Cette recherche doctorale a pour objectif d’analyser comment la digitalisation reconfigure l’engagement des apprenants adultes et transforme, de manière plus large, les équilibres organisationnels au sein des établissements d’enseignement supérieur. Elle s’appuie sur un cadre théorique articulé autour de trois approches complémentaires : les théories de l’engagement étudiant qui prennent en compte les dimensions comportementales, cognitives et affectives inscrites dans un écosystème institutionnel ; l’andragogie et l’apprentissage autodirigé qui soulignent l’importance de l’autonomie, de l’expérience et du projet professionnel dans les parcours adultes ; enfin, les approches de la transformation organisationnelle, qui considèrent la digitalisation comme un processus structurant affectant la gouvernance, les pratiques professionnelles et les régulations institutionnelles. Cette articulation permet d’appréhender la digitalisation non comme une variable technologique isolée, mais comme un levier de réorganisation systémique. Dès lors, comment la digitalisation redéfinit-elle l’engagement d’un adulte apprenant et, plus largement, comment modifie-t-elle les pratiques professionnelles, les équilibres organisationnels et les dynamiques d’inclusion, notamment au regard du genre ?
L’étude adopte une approche qualitative. Elle repose sur des entretiens semi-directifs menés auprès d’apprenants adultes inscrits dans des formations partiellement ou totalement digitalisées, ainsi qu’auprès d’enseignants, de responsables pédagogiques et d’acteurs institutionnels engagés dans la transition numérique. Une analyse documentaire des stratégies d’établissement et des dispositifs d’ingénierie pédagogique complète le corpus.
Les repères traditionnels de la formation évoluent progressivement. Les temps et les lieux d’apprentissage deviennent plus flexibles et moins cloisonnés. Les dispositifs s’adaptent davantage aux contraintes professionnelles et personnelles des adultes en reprise d’études. Si cette souplesse facilite l’articulation entre formation, emploi et vie familiale, elle suppose en contrepartie une capacité renforcée d’organisation, d’autonomie et de maîtrise des environnements numériques. Parallèlement, les professionnels de la formation voient leur fonction se transformer. Leur rôle dépasse la transmission des savoirs pour intégrer l’accompagnement individualisé, la médiation technique et pédagogique et l’exploitation des données dans une logique de pilotage des dispositifs.
Le recours aux outils numériques peut constituer un véritable levier d’accessibilité, mais aussi contribuer à la reproduction de certaines inégalités dans l’expérience d’apprentissage. Les effets observés varient selon les ressources disponibles, les conditions matérielles et l’environnement familial des apprenants.
Cette recherche conduit ainsi à considérer la digitalisation non comme un simple progrès technique, mais comme un processus organisationnel complexe qui reconfigure les pratiques, les responsabilités et les équilibres institutionnels. En examinant les liens entre engagement, inclusion et recompositions organisationnelles, elle vise à éclairer les enjeux actuels de la gestion éducative à l’ère numérique.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.