SÉANCE — ESDST-17
Dimanche 1er novembre 2026
14h40
Salle Didon 2
Résumé de la communication

Digitalisation et engagement des apprenants adultes dans l’enseignement supérieur : transformations des parcours et pratiques professionnelles

Résumé

La digitalisation dans l’enseignement supérieur constitue aujourd’hui un axe majeur de transformation organisationnelle. Elle ne se limite pas à l’usage d’outils numériques : elle interroge les modalités d’accès à la formation, les parcours d’apprentissage, les formes d’accompagnement, les interactions entre institutions et apprenants ainsi que les pratiques professionnelles des acteurs institutionnels. Dans le champ de la formation des adultes, ces évolutions questionnent l’engagement dans des dispositifs hybrides et individualisés, ainsi que les enjeux d’équité et d’inclusion.

Cette recherche doctorale a pour objectif d’analyser comment la digitalisation reconfigure l’engagement des apprenants adultes et transforme, de manière plus large, les équilibres organisationnels au sein des établissements d’enseignement supérieur. Elle s’appuie sur un cadre théorique articulé autour de trois approches complémentaires : les théories de l’engagement étudiant qui prennent en compte les dimensions comportementales, cognitives et affectives inscrites dans un écosystème institutionnel ; l’andragogie et l’apprentissage autodirigé qui soulignent l’importance de l’autonomie, de l’expérience et du projet professionnel dans les parcours adultes ; enfin, les approches de la transformation organisationnelle, qui considèrent la digitalisation comme un processus structurant affectant la gouvernance, les pratiques professionnelles et les régulations institutionnelles. Cette articulation permet d’appréhender la digitalisation non comme une variable technologique isolée, mais comme un levier de réorganisation systémique. Dès lors, comment la digitalisation redéfinit-elle l’engagement d’un adulte apprenant et, plus largement, comment modifie-t-elle les pratiques professionnelles, les équilibres organisationnels et les dynamiques d’inclusion, notamment au regard du genre ?

L’étude adopte une approche qualitative. Elle repose sur des entretiens semi-directifs menés auprès d’apprenants adultes inscrits dans des formations partiellement ou totalement digitalisées, ainsi qu’auprès d’enseignants, de responsables pédagogiques et d’acteurs institutionnels engagés dans la transition numérique. Une analyse documentaire des stratégies d’établissement et des dispositifs d’ingénierie pédagogique complète le corpus.

Les repères traditionnels de la formation évoluent progressivement. Les temps et les lieux d’apprentissage deviennent plus flexibles et moins cloisonnés. Les dispositifs s’adaptent davantage aux contraintes professionnelles et personnelles des adultes en reprise d’études. Si cette souplesse facilite l’articulation entre formation, emploi et vie familiale, elle suppose en contrepartie une capacité renforcée d’organisation, d’autonomie et de maîtrise des environnements numériques. Parallèlement, les professionnels de la formation voient leur fonction se transformer. Leur rôle dépasse la transmission des savoirs pour intégrer l’accompagnement individualisé, la médiation technique et pédagogique et l’exploitation des données dans une logique de pilotage des dispositifs.

Le recours aux outils numériques peut constituer un véritable levier d’accessibilité, mais aussi contribuer à la reproduction de certaines inégalités dans l’expérience d’apprentissage. Les effets observés varient selon les ressources disponibles, les conditions matérielles et l’environnement familial des apprenants.

Cette recherche conduit ainsi à considérer la digitalisation non comme un simple progrès technique, mais comme un processus organisationnel complexe qui reconfigure les pratiques, les responsabilités et les équilibres institutionnels. En examinant les liens entre engagement, inclusion et recompositions organisationnelles, elle vise à éclairer les enjeux actuels de la gestion éducative à l’ère numérique.

Forum de l’Éducation ESDST’2026 — Hôtel Verdi, Gammarth (Tunisie)