Communiquer au-delà des frontières : l’anglais comme outil d’interactions interculturelles
Résumé
Dans une société où la langue française prédomine, le recours à une langue autre que le français dans les échanges quotidiens reste peu fréquent. Or, afin de permettre les interactions avec les citoyens provenant de divers pays, l’anglais constitue une langue véhiculaire indispensable. Elle facilite les communications entre les individus de cultures différentes, lorsque leurs langues maternelles respectives ne coïncident pas (Muñoz, 2014). Elle sert ainsi de lien facilitateur dans les échanges interculturels. Au Québec, il est possible pour les élèves de la fin du primaire d’étudier la langue anglaise de manière intensive. Que reste-t-il de cet apprentissage quelques années plus tard? Nous avons voulu connaitre les habitudes et les modalités d’utilisation de la langue seconde par de jeunes adultes québécois francophones ayant fréquenté une classe d’anglais intensif ainsi que son rôle dans les interactions interculturelles.
Afin d’atteindre cet objectif, nous avons identifié les pratiques d’utilisation de la langue seconde, que nous associons à l’ensemble des activités et des actions individuelles liées à son usage (McIntyre, 2006). En lien avec ces pratiques, nous avons également exploré la compétence en communication interculturelle, laquelle repose à la fois sur l’utilisation de la langue et sur le contact avec d’autres cultures et renvoie à la capacité de communiquer efficacement en contexte interculturel et d’établir des relations appropriées (Ragoonaden, 2011).
Nous avons mené une étude qualitative, à la fois compréhensive et exploratoire, au moyen d’entretiens semi-dirigés et de récits de pratique avec dix adultes québécois âgés entre 18 et 27 ans, ayant fréquenté une classe d’anglais intensif à l’école primaire. Ceux-ci proviennent de différentes régions du Québec et de champs d’activités divers et ils parlent français à la maison. Ils ont tous étudié dans des établissements postsecondaires.
Cette recherche s’inscrit dans une démarche d’analyse inductive délibérative (Savoie-Zajc, 2011), qui s’appuie sur un cadre théorique tout en restant ouverte à l’émergence de nouvelles dimensions. La grille d’analyse a ainsi été construite progressivement, et les sous-catégories ont émergé au fil des différentes étapes de l’analyse des données.
Les résultats indiquent que l’usage de l’anglais langue seconde est souvent associé à la communication orale ou écrite et à l’ouverture envers les personnes issues de différentes cultures. Les participants parlent anglais notamment lors de voyages, que ce soit pour la recherche d’informations ou pour entrer en interaction avec des personnes rencontrées dans des contextes variés. Par ailleurs, l’environnement social interculturel constitue aussi pour certains un levier dans l‘utilisation de leur langue seconde.
Tous les participants affirment que l’expérience vécue en classe contribue au renforcement des compétences linguistiques, de la motivation et de la confiance en sa capacité d’entretenir une conversation en anglais, et qu’elle soutient l’ouverture culturelle. Communiquer en anglais implique une dimension indissociable de la compétence en communication interculturelle, ce qui souligne l’importance d’intégrer, dans l’enseignement des langues, des occasions de rencontres et d’ouverture interculturelles. Dans cette perspective, il est intéressant de s’interroger sur les compétences acquises il y a quelques années qui demeurent pertinentes aujourd’hui et qui auront encore un impact significatif demain.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.