Développer des compétences transversales durables chez des techniciens spécialisés agronomes : analyse d’un dispositif intégré de certification en langue française
Résumé
Dans un contexte marqué par la transition numérique et les
impératifs du développement durable, la formation des
techniciens spécialisés en agronomie ne peut se limiter à
l’acquisition de savoirs techniques. Elle suppose également
le développement de compétences transversales permettant
aux futurs professionnels d’agir de manière responsable,
critique et contextualisée au sein de leur environnement
socio-économique. Cette communication analyse un dispositif
pédagogique mis en œuvre sur deux années dans un institut
public agronomique dans le cadre d’une certification en
trois langues : le français, l’anglais et l’espagnol. Nous
nous cantonnerons ici à l’étude du cas de la langue
française.
La problématique centrale est la suivante peut être ainsi
formulée : dans quelle mesure un enseignement de la langue
française conçu comme outil de professionnalisation peut-il
contribuer au développement simultané de compétences
communicationnelles, réflexives et écoresponsables chez des
techniciens spécialisés agronomes ? L’hypothèse défendue
est qu’un dispositif intégratif, articulant expression
orale professionnelle, débats argumentés sur des enjeux
agro-environnementaux et mises en situation simulées,
favorise une transformation des représentations et des
postures professionnelles.
Le cadre conceptuel s’appuie sur la notion de praticien
réflexif développée par Donald Schön, selon laquelle
l’apprentissage professionnel implique une réflexion sur
l’action et dans l’action (Schön 1997, p. 49). Cette
perspective est éclairée par la pédagogie critique de Paulo
Freire, qui conçoit l’éducation comme un processus de
conscientisation permettant aux apprenants de développer
une lecture critique de leur réalité sociale (Freire 1970,
p. 36). Elle rejoint également la pensée complexe d’Edgar
Morin, qui invite à articuler savoirs techniques, enjeux
écologiques et responsabilité citoyenne dans la formation
contemporaine (Morin 1999, p. 14). Toutefois, l’opération
d’enseignement-apprentissage souffre d’un frein majeur :
les apprenants affichent des difficultés importantes en
matière de langues et d’imprégnation culturelle, pouvant se
transformer par moment en refus ou rejet du processus
entier.
Méthodologiquement, la recherche adopte, d’une part, une
approche qualitative exploratoire. Les données analysées
comprennent l’observation opérée par les enseignants des
matières de spécialité qui témoignent de l’évolution des
étudiants et de la capacité de ces derniers à progresser et
à réussir l’objectif ultime : la certification selon les
niveaux exigés. Il faudrait par ailleurs, signaler que le
chemin vers la certification n’est –en réalité- qu’un moyen
pour conscientiser les techniciens spécialisés -à travers
les différentes activités- aux problématiques agricoles
aussi bien locales que mondiales (gestion de l’eau,
pratiques durables, sécurité alimentaire). D’autre part,
l’enquête qualitative menée par le biais de questionnaires
auprès des 115 apprenants ayant bénéficié de cet
accompagnement met en relief l’évolution dans leurs
capacités d’argumentation, la prise en compte des enjeux
environnementaux et la construction d’une posture
professionnelle réflexive.
Les résultats préliminaires montrent une amélioration
notable de la structuration argumentative, une capacité
accrue à relier problématiques techniques et enjeux
sociétaux et l’émergence d’un sentiment de responsabilité
vis-à-vis des pratiques agricoles durables tout en
améliorant le niveau linguistique souhaité. L’enseignement
de la langue apparaît ainsi comme un levier de
professionnalisation et de conscientisation. Les résultats
finaux peuvent être dégagés à partir de la fin juin 2026
date où les épreuves certifiantes auront lieu.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.