Quand la gestion de classe devient participative : Transformation de l’occupation de l’espace dialogique en classe primaire
Résumé
Dans un contexte éducatif où la participation active des élèves est valorisée (Calkins, 2020; Hays et Reinders, 2020), cette communication explore un aspect peu étudié en gestion de classe : le partage de l’espace dialogique, c’est-à-dire la répartition du temps de parole entre l’enseignant·e et les élèves (Bucheton et Soulé, 2009). Elle propose une double entrée sur le développement de la compétence à gérer la classe : elle s’intéresse à la fois à la transformation des pratiques enseignantes et aux effets de cette évolution sur la participation des élèves dans leur processus d’apprentissage. Ces deux dynamiques s’alimentent mutuellement.
Lorsqu’un·e enseignant·e apprend à orchestrer la parole plutôt qu’à la monopoliser, il ou elle transforme sa manière de gérer la classe — et, ce faisant, crée les conditions pour que les élèves développent leurs propres compétences cognitives, sociales (Buchs et al., 2020) et langagières (Bouton et al. 2024). C’est cette dynamique réciproque que cette communication explore, à travers l’analyse de l’évolution de l’espace dialogique en classe primaire.
Cette analyse a été menée à partir de captations vidéos issues d’une recherche-action d’une durée de trois ans portant sur les gestes professionnels du personnel scolaire du primaire visant à soutenir le processus d’apprentissage et sa durabilité chez les élèves (Carpentier et al., 2024). L’évolution de l’occupation de l’espace dialogique a été un des indicateurs de transformation des pratiques enseignantes retenu lors des analyses. Elle a été calculée à l’aide d’une grille de codage distinguant neuf catégories d’occupation de l’espace dialogique (quantitatif) puis analysée afin de préciser la nature des interventions enseignantes (qualitatif).
Les résultats, représentés notamment sous forme de diagrammes chronologiques, montrent que la transformation ne se limite pas à une réduction du temps de parole enseignant, mais à une véritable reconfiguration de la temporalité et de la fonction de la parole. Cela se traduit par une diminution du discours magistral, et une hausse marquée des interactions entre élèves. Alors que les anticipations initiales des enseignantes liées à cette hausse laissaient présager des enjeux de gestion de classe (p. ex. désorganisation ou émergence de comportements perturbateurs), l’analyse qualitative illustre que les moments d’interaction en sous-groupe offrent plutôt des occasions d’enseignement plus ciblées et davantage proximales.
Ces constats montrent qu’il est possible d’accroître la participation et l’engagement des élèves sans fragiliser la gestion de classe, mais en redéfinissant les équilibres entre parole, écoute et accompagnement. Les résultats laissent entrevoir qu’une participation plus active des élèves pourrait s’accompagner d’une régulation différenciée, soutenue par des interactions plus ciblées et plus souples.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.