Synthèse interactive pour le développement de la compétence en gestion de classe : approche rétrospective et prospective
Résumé
À l’heure des transformations éducatives marquées par la transition numérique, les exigences d’inclusion et la multiplicité des environnements d’apprentissage, la gestion de classe ne peut plus être envisagée comme un ensemble de repères immuables. Elle constitue une compétence professionnelle dynamique, située et évolutive, mobilisant des savoirs pluriels issus à la fois de la recherche et de l’expérience de terrain. Toutefois, ils demeurent souvent insuffisamment articulés. Le manque de liens entre fondements théoriques, pratiques professionnelles et dispositifs de formation limite leur mise en cohérence. Une synthèse rétrospective et prospective apparait alors essentielle pour soutenir leur appropriation collective et éclairer leur développement.
La communication propose une synthèse interactive visant à construire, avec l’ensemble des participant·es, un état des lieux théorique et pratique de la compétence à gérer la classe. Les objectifs sont de : (1) mettre en dialogue les apports des différentes communications afin d’identifier des leviers, tensions et enjeux transversaux; (2) dégager des pistes prospectives pour la recherche, l’innovation pédagogique et la formation dans un contexte teinté de mutations, notamment numériques.
La synthèse repose sur un cadre conceptuel combinant la construction collective des connaissances (Scardamalia et Bereiter, 2006), l’intelligence collective (Lévy, 1994) et la pratique réflexive (Schön, 1983), en considérant la gestion de classe comme une activité professionnelle fondée sur des ajustements continus en situation. Il mobilise également la littératie médiatique multimodale (Lacelle et al., 2017), dans la mesure où les participant·es produiront, organiseront et interpréteront des significations à travers des modes variés (p. ex. écrits, visuels, oraux). Ces interactions solliciteront des compétences cognitives, sémiotiques, multimodales, sociales et critiques, par exemple dans la sélection, la structuration et l’interprétation des idées inspirées des communications.
Sur le plan méthodologique, la synthèse se déploie en six phases : production individuelle d’idées clés, organisation collective autour des trois axes du symposium (fondements, pratiques, formation), regroupement thématique en temps réel, mise en sens par une lecture groupale, élaboration en binômes de principes d’action articulant théorie et pratique, puis priorisation participative des enjeux prospectifs. Ce dispositif permet de produire des contenus différenciés (état des lieux, priorités d’avenir) tout en mobilisant l’intelligence collective de l’auditoire. En amont, une synthèse assistée par intelligence artificielle générative (IAG-NotebookLM) aura été mobilisée afin de structurer les contenus des communications selon une logique technodocumentaire et sémiotechnique (Acerra et Lacelle, 2022). La synthèse interactive mettra ainsi en dialogue une production soutenue par une IAG avec une élaboration collective située, et ce, afin de mobiliser des compétences interprétatives, critiques et relationnelles propres à l’activité humaine.
Les résultats attendus incluent une cartographie collective des savoirs, des principes d’action transférables et un ensemble de priorités prospectives en gestion de classe. Leur analyse permettra d’éclairer des savoirs croisés pour des pratiques actualisées ainsi que les tensions émergentes dans le champ, dont les défis qu’engendre le numérique. Cette démarche présente certaines limites liées à son caractère situé et temporel de même qu’à l’interprétation des contributions. Elle ouvre des perspectives fécondes quant au rôle des dispositifs interactifs, multimodaux et hybrides (humain–IAG) dans la production de savoirs en contexte collectif.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.