Le sexisme dans le système éducatif marocain
Résumé
Depuis plus de trois décennies, le Maroc s’est engagé dans
un grand chantier de réformes en faveur de l’égalité entre
les sexes. Plusieurs réformes institutionnelles et
juridiques ont été adoptées, et maintes politiques de
protection et de promotion des droits des femmes dans les
domaines politique, socio-économique et éducatif ont été
mises en œuvre. Cela laisse penser que l’environnement est
favorable pour franchir d’autres étapes concernant
l’émancipation des femmes et le renforcement de leur rôle
dans la société.
Or, bien que ces acquis aient engendré des mutations
sociales relatives aux rapports sociaux entre les sexes et
aient eu un impact positif sur la condition des femmes au
Maroc, les récents rapports et études des organismes
internationaux et nationaux s’accordent sur la continuité
du sexisme au Maroc.
Les résultats obtenus de cette étude, qui a visé
l’exploration des représentations des acteurs des lycées
(apprenant.e.s, enseignant.e.s et le personnel
administratif ), ont révélé que les lycées au Maroc restent
un univers qui, malgré les efforts déployés, n’est pas
exempt non plus de sexisme. Plusieurs préjugés, stéréotypes
et comportements sexistes sont encore véhiculés au sein de
ces établissements et partagés par tous les acteurs dans
les lycées.
Cependant, il convient de souligner que le panorama du
sexisme dans ces lycées n’est ni homogène ni statique. Les
perceptions sur l’égalité diffèrent et varient selon chaque
acteur de notre population étudiée, tout en restant
tributaires d’autres déterminants tels que le sexe, l’âge,
le milieu social et le niveau socio-économique.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.