Au cœur du numérique : inclusion, désinformation et réalités des apprenants des écoles de rue
Résumé
Les écoles de rue sont des milieux de vie scolarisants qui répondent aux besoins de personnes qui ne se reconnaissent pas, ou qui sont exclues, du système scolaire officiel québécois en raison de leurs réalités de vie : décrochage scolaire, isolement, précarité, itinérance, arrivée récente au pays, difficultés scolaires, neurodivergence ou autres situations nécessitant un accompagnement psychosocial. Ces personnes peuvent y poursuivre gratuitement leur scolarité dans un cadre flexible et respectueux de leurs besoins.
S’inspirant d’approches humanistes et de transformation sociale, les écoles de rue constituent des environnements marqués par la valorisation, la relation et la bienveillance. Pour les populations ayant vécu un traumatisme ou une rupture avec le système d’éducation, ces milieux représentent un espace sécurisant. Comme il s’agit d’organismes communautaires autonomes, elles peuvent rapidement s’ajuster aux changements constatés dans les populations rejointes, ce qui leur permet d’offrir un accompagnement global, individualisé et ancré dans la réalité des personnes.
Dans cette perspective, une démarche de consultation a été menée auprès des populations rejointes dans les écoles de rue. Ces échanges permettent de mieux comprendre comment les personnes interagissent avec les environnements numériques : les plateformes qu’elles utilisent, les stratégies qu’elles mobilisent pour vérifier l’information, la manière dont elles réagissent aux contenus polarisants ou stigmatisants, ainsi que l’impact de ces interactions sur leur sentiment d’appartenance, leur vision de l’inclusion et leur rapport à la société.
Les premiers constats montrent que les communautés numériques occupent une place ambivalente. D’un côté, elles offrent des espaces d’expression, de reconnaissance et de connexion sociale, particulièrement importants pour celles et ceux qui trouvent difficilement ces soutiens dans d’autres contextes. De l’autre, ces mêmes espaces comportent des risques : exposition à la désinformation, à des discours polarisants ou à des contenus qui accentuent les divisions sociales. Pour les personnes confrontées à des réalités de précarité ou d’instabilité, cette exposition peut influencer leur bien-être, leurs repères et leur relation avec les institutions.
La présentation brossera ainsi un portrait clair et nuancé des pratiques numériques des populations rejointes dans les écoles de rue. Elle mettra en lumière l’importance de développer des approches éducatives inclusives, qui favorisent l’esprit critique et soutiennent un rapport éclairé au numérique, tout en tenant compte des réalités vécues par des personnes maintenues en marge du réseau formel d’éducation.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.