De l’intention à l’action : structuration, controverses et limites de la recherche sur l’impact de l’éducation entrepreneuriale
Résumé
Cette étude analyse et structure la production scientifique
internationale consacrée à l’impact de l’éducation
entrepreneuriale, en mettant l’accent sur la transition
entre l’intention et l’action entrepreneuriale. À partir de
la base Web of Science, un corpus de 236 publications
couvrant la période 2010–2026 a été constitué et examiné à
l’aide des outils Biblioshiny et VOSviewer. L’approche
mobilise des indicateurs de performance scientifique
(évolution annuelle, sources, pays, citations) ainsi que
des techniques de cartographie des connaissances (analyse
de cooccurrence, réseaux de co-citation et structuration
thématique).
Les résultats révèlent une croissance soutenue des travaux
depuis 2018, avec une intensification notable en 2022 et
2025. La production scientifique est principalement portée
par la Chine, l’Espagne, le Portugal, les États-Unis et le
Royaume-Uni. Sur le plan théorique, le champ demeure
fortement structuré autour de la théorie du comportement
planifié et des travaux fondateurs sur l’intention
entrepreneuriale (Ajzen, 1991 ; Krueger, 2000 ; Liñán,
2009). L’analyse thématique met en évidence la centralité
des notions d’intention, d’auto-efficacité
entrepreneuriale, d’impact pédagogique et de variables
modératrices, ainsi qu’un recours croissant aux modèles de
type PLS-SEM.
Cependant, malgré la densité des recherches sur l’intention
entrepreneuriale, la cartographie souligne un manque
persistant d’études longitudinales et de mesures directes
de l’action entrepreneuriale (création effective
d’entreprise, comportements entrepreneuriaux, trajectoires
post-formation), limitant ainsi la robustesse des
inférences causales et la portée des recommandations
managériales et pédagogiques.
Cette étude propose un agenda de recherche orienté vers
l’opérationnalisation de l’action entrepreneuriale, le
développement de dispositifs méthodologiques
quasi-expérimentaux et longitudinaux, ainsi que
l’intégration des effets contextuels liés aux
établissements, aux territoires et aux écosystèmes
entrepreneuriaux.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.