Enseigner autrement la résolution de situations-problèmes au primaire : défis et pistes de solution pour une pratique innovante
Résumé
Au Québec, les élèves du primaire doivent développer trois compétences en mathématiques, dont celle de résoudre des situations-problèmes (SP). Cette compétence fait l’objet d’une évaluation ministérielle à la fin du primaire (6e année, 11-12 ans), à travers une épreuve unique qui présente un format particulier : un long énoncé écrit, comportant de nombreuses contraintes et données. Dans le but de bien préparer les élèves à cette évaluation, une pratique pédagogique largement répandue consiste à les exposer, tout au long de leur parcours primaire (sur six ans), à des tâches similaires à celles de l’épreuve ministérielle. Si cette pratique vise à soutenir la réussite des élèves à l’épreuve, elle soulève toutefois une problématique importante, qui est au cœur du présent projet de recherche : quel type de solutionneurs forme-t-on réellement à travers cette pratique ? Nous partons de l’hypothèse que la pratique décrite précédemment forme les élèves à résoudre un type spécifique de SP, propre à l’épreuve ministérielle, sans réellement développer leur véritable compétence en résolution de SP. Afin d’examiner cette hypothèse, nous avons mis en place un devis mixte pour atteindre nos objectifs de recherche, lesquels portent sur une pratique d’enseignement alternative, axée sur l’utilisation de problèmes non routiniers, variés et ancrés dans des contextes diversifiés. Un problème non routinier requiert une utilisation flexible des connaissances antérieures pour élaborer de nouvelles stratégies ou démarches en vue d’atteindre la solution, dépassant la simple application de méthodes ou procédures connues (Charnay, 1992 ; Selden et al., 1999). Cette pratique innovante, qui s’éloigne des pratiques habituelles tant pour les enseignant.es que pour les élèves, a été vécue par six enseignant.es de sixième année. Ce groupe a bénéficié d’un accompagnement tout au long de l’année scolaire, par le biais de rencontres de deux heures tenues toutes les huit semaines sur Zoom. Les rencontres, dont les enregistrements servaient à documenter le processus, ont été analysées afin de répondre à l’un des objectifs qualitatifs de l’étude, soit l’identification des défis et des pistes de solution soulevés par les enseignant.es lors de la mise en œuvre de cette pratique innovante. Les extraits jugés pertinents pour comprendre ces difficultés ont été consignés sous forme de verbatim. Ces extraits ont ensuite été soumis à une analyse de contenu ayant permis de dégager quatre défis majeurs rencontrés par les enseignant.es : (1) le choix des problèmes, (2) la formation des équipes de travail, (3) le désengagement et (4) l’absence de prise de parole chez certains élèves. Cette communication sera l’occasion de présenter les principaux résultats de notre analyse en mettant en lumière non seulement les défis identifiés, mais surtout les pistes de solutions concrètes qui ont émergé des échanges entre enseignant.es. Elle sera également l’occasion de présenter des exemples précis de problèmes non routiniers, utilisés avec succès en classe par les enseignant.es participant.es, et ayant contribué au développement réel de la compétence des élèves à résoudre des SP dans des contextes diversifiés.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.