Formation des enseignants du secondaire au Sénégal face à la transition numérique et durable : analyse empirique des compétences professionnelles
Résumé
Les transformations induites par la transition numérique et les exigences du développement durable constituent aujourd’hui des enjeux majeurs pour les systèmes éducatifs. Dans ce contexte, la formation des enseignants apparaît comme un levier stratégique pour le développement de compétences pédagogiques adaptées à un monde en profondes mutations. À la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (FASTEF) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, institution centrale de la formation initiale et continue des enseignants au Sénégal, ces transformations interrogent les dispositifs de formation et les modalités de professionnalisation enseignante. Le constat de départ de cette communication repose sur l’existence d’un décalage entre les orientations institutionnelles en faveur du numérique éducatif et du développement durable et leur intégration effective dans les pratiques de formation.
Cette contribution vise à analyser empiriquement le niveau d’intégration des compétences numériques et durables dans la formation des enseignants à la FASTEF-UCAD, ainsi qu’à identifier les facteurs institutionnels et pédagogiques susceptibles de favoriser ou de freiner leur développement. Elle s’inscrit dans le cadre du thème « Éducation et compétences pour un monde en transformations : enjeux et défis de la transition numérique et durable » et interroge la capacité des dispositifs de formation à accompagner les mutations éducatives actuelles.
La recherche adopte une démarche empirique de type mixte à dominante qualitative. Elle repose sur une analyse documentaire des curricula, maquettes de formation et référentiels de compétences en vigueur à la FASTEF-UCAD, complétée par une enquête de terrain menée auprès de formateurs et d’enseignants en formation à l’aide de questionnaires et d’entretiens semi-directifs. Les données recueillies portent sur les usages pédagogiques du numérique, l’intégration des thématiques liées à la durabilité, les compétences professionnelles mobilisées et les contraintes rencontrées.
L’étude s’appuie sur l’hypothèse principale selon laquelle l’intégration des compétences numériques et durables demeure limitée structurellement. Les résultats attendus identifient des leviers de formation initiale et continue renforçant la professionnalisation enseignante par des compétences numériques et durables.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.