Le sentiment d’efficacité personnelle chez les Officiers du développement de l’instruction et les instructeurs face à la technopédagogie au sein des Forces armées canadiennes
Résumé
L’intégration des technologies en contexte pédagogique invite les acteurs des systèmes de la formation à enclencher un processus d’innovation dans leurs pratiques éducatives. Cependant, afin d’observer les effets positifs découlant de l’apport de celles-ci, il importe de s’assurer de la capacité des formateurs à intégrer et utiliser les technologies dans un contexte pédagogique juste et opportun. Les Forces armées canadiennes (FAC), qui possèdent leur propre système de la formation, souhaitent maximiser l’utilisation des environnements technopédagogiques dans le but de mieux préparer les militaires à exercer leurs fonctions sur le terrain. Alors que la complexité de ces systèmes apporte parfois son lot de défis aux acteurs du système de la formation militaire, on répertorie encore aujourd’hui une multitude d’obstacles qui entravent l’adoption et l’utilisation de ces outils à leur plein potentiel. À cet égard, des recherches antérieures ont identifié certains facteurs d’ordre personnel ayant un impact sur leur utilisation, tels que la perception d’efficacité à l’égard de l’utilisation des technologies éducatives. La présente recherche de type qualitatif/interprétatif prend racine dans la théorie du sentiment d’efficacité personnelle de Bandura (1977). Selon cet auteur, le concept d’efficacité personnelle exerce une influence majeure sur nos choix, nos efforts fournis, notre résilience face à l’adversité, notre persévérance et notre motivation. Cette recherche vise à dégager la perception qu’ont les instructeurs et les Officiers du développement de l’instruction (ODI) des Forces armées canadiennes (FAC) à l’égard de leur sentiment d’efficacité personnelle lors de l’utilisation des environnements technopédagogiques. À travers la tenue d’entretiens semi-dirigés auprès de 12 instructeurs et de neuf ODI œuvrant dans des établissements de formation militaire, cette recherche propose également d’identifier les sources d’influence du sentiment d’efficacité personnelle chez les participants. L’analyse des résultats met en lumière la perception positive des instructeurs à l’égard de l’utilisation des environnements technopédagogiques dans la formation militaire, alors que celle des ODI est mitigée. Il ressort également de cette recherche que les sources d’influence du sentiment d’efficacité personnelle chez les instructeurs et les ODI ont un effet variable pour les deux groupes de participants. Alors que le concept d’efficacité personnelle est un fondement majeur du comportement, cette recherche permet d’approfondir son incidence sur les pratiques éducatives des acteurs principaux du système de la formation des FAC. De plus, les résultats de cette étude réaffirment le besoin de bien préparer les acteurs du milieu de la formation des FAC à l’égard de l’intégration et de l’utilisation des environnements technopédagogiques.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.