La collaboration au service du développement professionnel du stagiaire en enseignement. Quelles conceptions en ont les stagiaires et leurs formateurs ?
Résumé
Pour bien préparer le futur enseignant à viser, promouvoir et agir en fonction de l’éducation pour tous, la formation initiale à l’enseignement pose des exigences de collaboration entre les acteurs des milieux universitaire et scolaire (Portelance et al., 2014). La collaboration est caractérisée par la poursuite d’un but commun, une relation égalitaire, la communication authentique dans les échanges et les discussions (Friend et Cook, 2007), la reconnaissance de l’apport et de l’expertise de l’autre (Ferrier-Kerr, 2009), les apprentissages qui en découlent, ainsi que des attitudes de confiance mutuelle (Little, 1990) et d’ouverture aux différents points de vue (Clément et al., 1999. La collaboration interprofessionnelle des deux formateurs du stagiaire suppose l’engagement du superviseur et du formateur de terrain à agir de manière complémentaire (Pharand et Boutet, 2008) au sein de la triade qu’ils forment avec le stagiaire. Or, la nécessité de se concerter, de coopérer et de maintenir une communication favorable au développement professionnel du stagiaire se bute à différents obstacles (Pellerin et al., 2025). Appartenant à deux cultures distinctes, dans les savoirs qui les fondent et dans les modes de partage de ces savoirs, les priorités spécifiques des deux formateurs du stagiaire ne sont pas nécessairement les mêmes (Caron et Portelance, 2017), ce qui peut avoir une incidence sur la nature de leur collaboration.
Nous nous intéressons à leurs conceptions de cette collaboration afin de mieux comprendre son apport à la formation professionnelle du futur enseignant. Nous avons mené une recherche qualitative compréhensive interprétative. Les données proviennent d’entretiens individuels semi-dirigés auxquels des superviseurs, 16 Québécois et 13 Belges, et des formateurs de terrain, 18 du Québec et 10 de la Belgique, ont participé. Selon l’analyse des données, la collaboration est conçue en association étroite avec la reconnaissance de l’apport et de l’expertise de l’autre ainsi que la mise en commun d’idées, les échanges et les discussions. Aussi, elle n’existe pas si les personnes ne poursuivent pas un but commun. Par ailleurs, la collaboration ne semble pas reposer sur une relation égalitaire entre les formateurs du stagiaire, selon les conceptions des participants. Pour intervenir conjointement et avec cohérence auprès d’un stagiaire, une telle relation entre les formateurs serait-elle souhaitable ?

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.