Inégalités numériques et communication école-famille en contexte défavorisé et pluriethnique
Résumé
Un projet de recherche sur les inégalités numériques chez les parents d’élèves de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire au Québec dans leurs communications avec l’école (Collin et al., 2023) a permis de mettre en évidence trois profils de parents qui subissent particulièrement des barrières à la communication école-famille, que ces barrières proviennent de leurs conditions de vie ou des pratiques scolaires. On a ainsi identifié qu’ils peuvent être soit des parents en situation de défavorisation sociale, des parents qui ne partagent pas une langue commune de communication avec l’école (pour le Québec, le français) ou encore des parents d’immigration récente, qui traversent une phase d’installation accaparante, à la suite d’un parcours migratoire éventuellement difficile.
Parallèlement à ce projet, le groupe de codéveloppement L’usage du numérique en éducation : un enjeu d’équité a été mis en place avec l’objectif principal de dégager des principes d’intervention éducative quant à l’usage du numérique visant l’équité entre toutes et tous les élèves et leur famille. Piloté par Une école montréalaise pour tous (UÉMPT), un programme ministériel dont la mission est de contribuer à la réussite éducative de tous les élèves issu.e.s des milieux défavorisés montréalais, ce groupe a réuni à six reprises sur une période de trois années des ressources professionnelles d’UÉMPT, deux personnes chercheures universitaires et des personnes ayant diverses fonctions en milieu scolaire (directions, conseiller.ère.s pédagogiques, enseignant.e.s, autres membres du personnel scolaires, intervenant.e.s d’organismes associatifs et communautaires…).
Une première année a permis aux personnes participantes de se sensibiliser aux enjeux du numérique en milieu défavorisé et de dégager des éléments saillants des réflexions pour prévoir les futurs travaux du groupe et une deuxième a soutenu le développement, chez les personnes participantes, d’une vision partagée des relations et des communications avec les familles en milieu pluriethnique et défavorisé, de poser un regard critique sur certains outils numériques fréquemment utilisés et de développer un regard capacitant sur les familles. La troisième année a été consacrée à la consolidation des apprentissages, à l’élaboration d’une infographie coconstruite intitulée Vers des environnements numériques capacitants pour une communication école-famille-communauté équitable et inclusive en contexte montréalais qui propose notamment des principes d’action et de mise en œuvre aux milieux scolaires. Dans cette communication, nous aborderons plus en profondeur les raisons de la mise en place de ce groupe de codéveloppement, son déploiement et ses retombées sur le développement professionnel des personnes participantes.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.