Les pratiques pédagogiques inclusives c’est l’affaire de toutes et de tous !
Résumé
Dans un contexte où les appels à l’équité, à la diversité et à l’inclusion (EDI) prennent une place croissante dans l’enseignement supérieur, les personnels enseignants universitaires se retrouvent à la fois sollicités et parfois démunis face à la complexité de ces enjeux. Bien que les principes d’EDI soient de plus en plus visibles dans les politiques institutionnelles, leur intégration réelle dans les pratiques pédagogiques demeure inégale et souvent intuitive. Ce constat met en évidence une problématique centrale : comment soutenir concrètement les personnes enseignantes dans la mise en œuvre de pratiques d’enseignement plus équitables et inclusives, au-delà des intentions ?
Cette communication vise à présenter une série de pistes d’action accessibles et contextualisées pour promouvoir l’équité en contexte universitaire, issues d’une réflexion ancrée dans la pratique pédagogique. L’objectif est de contribuer à une transformation des environnements d’apprentissage en outillant les enseignantes et les enseignants afin de mieux reconnaître les obstacles systémiques qui freinent la réussite d’étudiantes et d’étudiants, tout en préservant leur pouvoir d’agir.
La méthodologie s’appuie sur une démarche réflexive fondée sur l’expérience professionnelle de l’autrice, enrichie par une revue ciblée de la littérature pédagogique et de recherches empiriques. L’analyse propose des leviers d’action concrets, organisés selon trois dimensions complémentaires : la conception inclusive des cours, les relations pédagogiques et la reconnaissance des rapports sociaux de pouvoir. À partir d’une mise en pratique dans une activité pédagogique, nous mettrons en lumière le design pédagogique développé dans la perspective de la conception universelle de l’apprentissage tout en considérant le modèle de réponse à l’intervention. À l’issue d’un groupe de discussion portant sur le design de l’activité pédagogique, les personnes l’ayant suivi ont mis en lumière la pertinence des choix réalisés pour penser un cours plus inclusif, mais également des pistes d’action pour l’améliorer encore. Nous considérons que ce qui est ressorti peut être appréhendé dans une perspective de transfert à d’autres activités pédagogiques du programme de formation. À l’issue de cette expérimentation, il nous apparaît que le fait d’avoir pris le temps de discuter avec les personnes participantes d’EDI a été bénéfique non seulement pour nous comme enseignantes, mais également pour elles comme membres d’un collectif. Elles ont ainsi perçu l’importance de penser l’environnement inclusif dans sa globalité et non pas de voir la diversité comme une « problématique individuelle ». Cela nous semble d’autant plus important que l’activité pédagogique s’adressait à des personnes qui agissent comme enseignantes ou conseillères pédagogiques dans un établissement d’enseignement postsecondaire.
Cette communication intéressera les personnels enseignants du postsecondaire, les conseillères et conseillers pédagogiques, les gestionnaires académiques, ainsi que les chercheuses et chercheurs en pédagogie de l’enseignement supérieur. Enfin, elle interpellera quiconque souhaite mettre en œuvre des changements pédagogiques concrets en faveur d’un enseignement plus juste et inclusif.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.