Le temps universel en évaluation certificative : repenser l’équité et les tensions systémiques en contexte collégial
Résumé
La diversification soutenue de la population étudiante dans l’enseignement postsecondaire remet en question l’adéquation des pratiques évaluatives traditionnelles, particulièrement dans les contextes certificatifs où le temps limité constitue un obstacle documenté pour de nombreuses personnes étudiantes. Au Québec, en contexte collégial (âge entre 17 et 20 ans), la croissance rapide des demandes d’accommodements individuels, notamment l’octroi de temps supplémentaire, révèle à la fois la nécessité d’une plus grande justice en évaluation et les limites des approches d’inclusion centrées sur des ajustements individualisés. Dans ce contexte, le temps universel, une pratique inclusive consistant à offrir du temps supplémentaire à l’ensemble des personnes étudiantes d’un même groupe plutôt qu’aux seules personnes disposant d’un accommodement formel, apparait comme une mesure prometteuse pour agir en amont sur les inégalités.
Cette communication s’inscrit dans le cadre conceptuel du symposium « L’EDI en éducation : explorer les zones d’action pour penser autrement la justice dans les systèmes éducatifs », en particulier dans les zones « pédagogie », « services aux personnes étudiantes », « environnements organisationnels » et « gouvernance ». Elle présente les premiers résultats d’un projet de recherche visant à évaluer les effets sur les résultats de même que sur l’anxiété évaluative de l’application du temps universel, de même que les perceptions liées à l’équité et à la performance perçues lors d’examens certificatifs au collégial.
À travers un devis mixte explicatif quasi-expérimental, mené auprès de 173 personnes étudiantes dans quatre cégeps à l’hiver 2026, le projet examine : (1) l’effet du temps universel sur les résultats scolaires ; (2) l’effet de cette mesure sur l’anxiété évaluative, un facteur réputé diminuer la performance scolaire; (3) les perceptions étudiantes liées à l’équité et à la performance perçues dans l’expérience de cette pratique. Les données combinent des mesures réelles de performance, des questionnaires auto-rapportés et des entretiens de groupe semi-dirigés.
Nous nous attendons à ce que les résultats révèlent une réussite accrue aux examens en contexte de temps universel, une anxiété diminuée dans ce même contexte. De plus, nous nous attendons à des résultats partagés quant à la perception d’équité qui seront éclairés lors des groupes de discussion: pour certains, l’universalisation du temps supplémentaire renforce l’idée d’une évaluation juste, alors que pour d’autres, elle suscite des interrogations sur la valeur du résultat ou l’équité de traitement entre les personnes étudiantes.
Nonobstant les limites relatives à l’échantillon et au contexte restreint, ces résultats permettront de situer le temps universel au sein des zones d’action du symposium, en montrant qu’il s’agit non seulement d’une pratique pédagogique, mais d’un véritable enjeu qui interpelle les politiques institutionnelles, les services adaptés et les communications institutionnelles. Ils ouvriront ainsi la réflexion sur la transformation systémique des pratiques évaluatives, en dépassant la logique corrective de l’accommodement pour adopter une approche universelle qui normalise la diversité étudiante. Le rapport des personnes enseignantes face à cette pratique, leurs façons de mettre en œuvre des évaluations inclusives, leurs perceptions quant à celles-ci, de même que les freins et facilitateurs de leur mise en œuvre constituent des pistes de recherche futures à considérer pour compléter la présente étude.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.