Vers des pratiques pédagogiques inclusives fondées sur la recherche : apport du SoTL dans les écoles mauriciennes
Résumé
Dans un contexte où la République de Maurice poursuit une transformation majeure de son système éducatif afin de mieux répondre à la diversité des élèves, la mise en œuvre de pratiques pédagogiques véritablement inclusives demeure un chantier central. Depuis la réforme de 2015, le ministère de l’Éducation (METEST) a réaffirmé la nécessité de promouvoir l’équité et la participation de toutes et tous, notamment par l’apprentissage différencié, l’intégration des technologies, la gestion participative des classes et la formation continue du personnel scolaire, Toutefois, de nombreux défis subsistent quant à l’adoption concrète de pratiques professionnelles inclusives dans les écoles mauriciennes, faisant ressortir la nécessité d’un accompagnement structuré et de dispositifs de développement professionnel qui soutiennent l’expérimentation de pratiques ancrées dans la recherche.
Le projet de recherche présenté dans cette communication vise à répondre à ces défis en mobilisant la démarche du Scholarship of Teaching and Learning (SoTL) comme levier de transformation pédagogique. Son objectif général vise à renforcer, par la démarche du SoTL, les pratiques professionnelles inclusives des personnels scolaires afin de favoriser la réussite de toutes les personnes apprenantes.
Le cadre théorique articule les concepts d’éducation inclusive (UNESCO, 2009), de communauté de pratique (Wenger, 1991), de pratique réflexive (Schön, 1983 ; Kolb, 1984), de pratiques inclusives (Rose & Meyer, 2002) et de réussite éducative (Lapostolle, 2006). Ce cadre, soutenu par une posture interprétative et critique (Merriam, 2009), permet d’appréhender simultanément les significations que les actrices et acteurs attribuent à leurs actions et les conditions structurelles qui façonnent ces dernières.
Méthodologiquement, la recherche s’inscrit dans une démarche qualitative interprétative en s’appuyant sur le modèle de SoTL adapté par Mastracci (2019), qui met au cœur du dispositif des communautés de pratique thématiques animées par des personnes expertes. Une soixantaine de volontaires, issus de divers corps professionnels (enseignantes et enseignants, directions, personnels d’encadrement, travailleuses sociales, fonctionnaires), ont alimenté la collecte de données à travers un guide de participation structurant les cinq étapes du SoTL. Le traitement des données a mis de l’avant une analyse situationnelle phénoménologique et structurale (Paillé et Mucchielli, 2016), permettant de dégager les catégories de sens associées aux trajectoires de changement.
Les premiers résultats montrent : une forte adhésion à la démarche collaborative des communautés de pratique ; une amélioration progressive des capacités réflexives des participantes et participants. Bien que la recherche visait la transformation des pratiques professionnelles de plusieurs corps d’emploi, les résultats témoignent toutefois d’une délégation des responsabilités vers le personnel enseignant.
Cette communication s’adresse aux personnes chercheuses et praticiennes engagées dans l’éducation inclusive, souhaitant explorer des dispositifs conjuguant recherche, collaboration et transformation des pratiques dans les systèmes éducatifs.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.