Mieux prendre en compte le genre dans les pratiques de personnes enseignantes de la formation professionnelle au Québec : défis et pistes de réflexion
Résumé
Cette contribution vise à explorer le potentiel des pédagogies féministes pour prendre en compte le genre dans des pratiques d’enseignantes de la formation professionnelle. Mobilisant un cadre interdisciplinaire, qui croise l’approche genre en éducation des adultes et l’ergonomie de l’activité pour l’étude des pratiques enseignantes, nous avons mené des entretiens semi-dirigés et des entretiens narratifs auprès de six personnes enseignantes. Nous présenterons et discuterons des défis rencontrés et des stratégies pouvant servir de leviers dans la lutte contre les inégalités vécues par les femmes et contribuer à la construction d’espaces éducatifs plus égalitaires et qui tiennent compte de leurs besoins. Malgré la persistance d’une neutralité normative et des représentations renvoyant à l’ordre social patriarcal, certains résultats semblent témoigner de l’ouverture des personnes enseignantes vers une voie de sensibilisation. À l’aide de la Toile de l’équité (Solar, 1998) et de notions relatives à l’approche genre, nous avons pu repérer certains éléments des pédagogies féministes, tels que la participation active et le développement de la pensée critique, dans les discours des personnes participantes. Des pistes de réflexion sur la manière dont les pratiques enseignantes peuvent reproduire ou remettre en question les rapports inégaux de genre ont aussi été identifiées. Les récits des personnes enseignantes rendent compte des moments de réflexion, voire de prise de conscience, de même qu’ils nous proposent des manières d’agir ayant le potentiel d’outiller ou d’inspirer d’autres personnes enseignantes du milieu à réfléchir sur leurs pratiques lorsqu’il est question d’enseigner en tenant compte du genre.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.