Changements observés suite à un dispositif de formation initiale à partir de récits de pratique d’enseignant.e.s sur le développement de compétences interculturelles
Résumé
Au Québec, plus du tiers des élèves québécois sont issus de l’immigration, de première ou de deuxième génération (Ministère de l’Éducation du Québec, 2025), et la formation initiale des enseignant.e.s quant à la prise en compte de la diversité ethnoculturelle des élèves diffère selon l’université fréquentée (Larochelle-Audet et al., 2013). L’hétérogénéité qui caractérise maintenant la plupart des classes place les futur.e.s enseignant.e.s devant la nécessité de développer une approche plus large de la prise en compte de la diversité, plutôt que de souhaiter des façons « clé en main » de s’adapter aux élèves et à leurs familles en fonction de leurs origines (Mc Andrew et Audet, 2020). Ainsi, la manière d’actualiser ces principes, qui peuvent paraître plus théoriques et loin du « savoir comment », doit être explicitée davantage aux étudiant.e.s, en portant une attention particulière à les rapprocher de la pratique réelle, afin de leur permettre de développer un certain savoir-agir professionnel (Schön, 1983; Giddens, 1987) en contexte de diversité ethnoculturelle.
Dans un projet de recherche mené auprès d’étudiant.e.s universitaires dans un cours spécifique d’un programme de formation à l’enseignement, donc de futur.e.s enseignant.e.s (Audet et al., CRSH 2022-2026), nous avons expérimenté un dispositif de formation à l’intervention en contexte de diversité ethnoculturelle à partir de récits de pratique (Desgagné, 2005) d’enseignant.e.s en exercice (Audet, 2022) qui mettent en scène un.e élève issu.e de l’immigration et illustrent des situations réelles. Les étudiant.e.s avaient à s’approprier les récits de pratique sélectionnés en fonction de trois thèmes : les relations avec les élèves issu.e.s de l’immigration et leurs familles, soutenir la réussite éducative des élèves issu.e.s de l’immigration et le rôle de l’enseignant.e en contexte de diversité ethnoculturelle. Ils et elles remplissaient ensuite une fiche de réflexion individuelle puis, lors d’ateliers en ligne, discutaient ensemble, à partir d’un guide d’animation fourni et de leurs fiches de réflexion individuelles. Lors de ces ateliers, l’objectif était de comparer les deux récits à l’étude, de manière à, en quelque sorte, sortir de la singularité de la situation racontée pour dégager des enjeux plus généraux dont ils témoignaient.
À partir d’un questionnaire et d’entretiens individuels, nous avons souhaité documenter l’effet du dispositif, sur l’appropriation, chez les futur.e.s enseignant.e.s, d’un savoir-agir professionnel relatif à la prise en compte de la diversité ethnoculturelle. De manière générale, les résultats montrent que l’analyse en groupe (Desgagné et al., 2012) des récits de pratique a soutenu un changement des représentations des étudiant.e.s à l’égard des élèves issu.e.s de l’immigration, de leurs familles et de leurs perceptions de leur responsabilité envers ces élèves ainsi que de leurs positionnements quant au statut et à la légitimité des langues et des cultures d’origine des élèves. L’analyse des résultats du questionnaire montre que le dispositif a permis d’améliorer le sentiment d’aisance des futur.e.s enseignant.e.s à intervenir en contexte de diversité ethnoculturelle et les analyses des entretiens individuels vont dans le même sens. Les potentialités et les limites de telles initiatives de formation seront finalement discutées.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.