Le processus de construction de l’identité professionnelle des futurs enseignant.e.s du cycle secondaire à la lumière du nouveau dispositif de formation initiale au Maroc : Étude comparative
Résumé
Cette recherche s’inscrit dans un contexte de crise persistante des apprentissages au Maroc, illustrée par les résultats insuffisants des élèves dans les évaluations aussi bien nationales qu’internationales. Malgré les multiples réformes entreprises, l’école marocaine peine à améliorer la qualité des apprentissages. Le rôle de l’enseignant, désigné comme un facteur déterminant de la réussite scolaire (effet maître), est mis au centre des préoccupations. C’est dans cette optique qu’une réforme du parcours de formation des enseignants a été initiée en 2018, articulant formation universitaire (ENS, ESEF, Facultés) et formation professionnelle au sein des CRMEF, dans le but de renforcer la professionnalisation des futurs enseignants. Cette réforme fera l’objet d’une évaluation officielle programmée pour l’année 2027.
L’étude vise à analyser la contribution du dispositif de formation du CRMEF à la construction de l’identité professionnelle des enseignants stagiaires, à examiner la complémentarité entre formation universitaire et formation professionnelle, et à comprendre les processus de construction identitaire lors du passage du statut d’étudiant à celui de professionnel de l’enseignement.
Ainsi, l’étude vise à évaluer dans quelle mesure ce dispositif contribue à la construction de l’identité professionnelle des stagiaires enseignants du secondaire. Pour ce faire, une méthodologie à dominance quantitative a été adopté, incluant des questionnaires et des entretiens menés auprès de 100 stagiaires et formateurs du CRMEF de Fès-Meknès. L’analyse a porté sur cinq dimensions clés : la connaissance de soi, les questionnements identitaires, les interactions sociales, l’expérience de terrain et l’appropriation de la culture professionnelle. Les résultats ont été croisés selon plusieurs variables : le type de formation universitaire (ENS, Faculté, ESEF), la spécialité disciplinaire (littéraire vs scientifique), le niveau académique (Licence, Master, Doctorat) et le cycle d’enseignement (collège vs lycée).
Les résultats révèlent que les stagiaires issus de formations professionnalisantes (ENS, ESEF, Masters) développent une identité professionnelle plus solide grâce à une immersion efficace et un encadrement structuré. En revanche, ceux venant de formations généralistes (Licences, disciplines scientifiques) rencontrent davantage de doutes et de fragilités identitaires. Les disciplines littéraires favorisent une meilleure appropriation des valeurs du métier, tandis que les disciplines scientifiques ou techniques sont associées à plus d’hésitations. Le cycle d’enseignement (collège vs lycée) et le niveau académique (Licence, Master, Doctorat) influencent également la stabilité de l’engagement et la projection dans le métier.
En définitive, la construction de l’identité professionnelle est un processus complexe, influencé par la formation initiale, les caractéristiques personnelles et les contextes de pratique du terrain. La recherche recommande de renforcer l’accompagnement personnalisé, d’intensifier les pratiques immersives, de promouvoir le tutorat et de concevoir un référentiel national des compétences intégrant les dimensions identitaires du métier, dans un pays en pleine mouvance professionnalisante. Inspirée par les travaux de Perrenoud, Bélisle et Tardif, l’étude souligne également l’importance de l’alternance théorie-pratique, de la réflexivité et des communautés professionnelles de pratique. Bref, une formation cohérente et durable, débutant dès le post-baccalauréat, devrait être pensée comme un processus évolutif, révisable et adapté aux défis du terrain, pour assurer une professionnalisation authentique et efficiente.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.