SÉANCE — ESDST-O7
Samedi 31 octobre 2026
11h40
Salle El Jem
Résumé de la communication

Le processus de construction de l’identité professionnelle des futurs enseignant.e.s du cycle secondaire à la lumière du nouveau dispositif de formation initiale au Maroc : Étude comparative

Résumé

Cette recherche s’inscrit dans un contexte de crise persistante des apprentissages au Maroc, illustrée par les résultats insuffisants des élèves dans les évaluations aussi bien nationales qu’internationales. Malgré les multiples réformes entreprises, l’école marocaine peine à améliorer la qualité des apprentissages. Le rôle de l’enseignant, désigné comme un facteur déterminant de la réussite scolaire (effet maître), est mis au centre des préoccupations. C’est dans cette optique qu’une réforme du parcours de formation des enseignants a été initiée en 2018, articulant formation universitaire (ENS, ESEF, Facultés) et formation professionnelle au sein des CRMEF, dans le but de renforcer la professionnalisation des futurs enseignants. Cette réforme fera l’objet d’une évaluation officielle programmée pour l’année 2027.

L’étude vise à analyser la contribution du dispositif de formation du CRMEF à la construction de l’identité professionnelle des enseignants stagiaires, à examiner la complémentarité entre formation universitaire et formation professionnelle, et à comprendre les processus de construction identitaire lors du passage du statut d’étudiant à celui de professionnel de l’enseignement.

Ainsi, l’étude vise à évaluer dans quelle mesure ce dispositif contribue à la construction de l’identité professionnelle des stagiaires enseignants du secondaire. Pour ce faire, une méthodologie à dominance quantitative a été adopté, incluant des questionnaires et des entretiens menés auprès de 100 stagiaires et formateurs du CRMEF de Fès-Meknès. L’analyse a porté sur cinq dimensions clés : la connaissance de soi, les questionnements identitaires, les interactions sociales, l’expérience de terrain et l’appropriation de la culture professionnelle. Les résultats ont été croisés selon plusieurs variables : le type de formation universitaire (ENS, Faculté, ESEF), la spécialité disciplinaire (littéraire vs scientifique), le niveau académique (Licence, Master, Doctorat) et le cycle d’enseignement (collège vs lycée).

Les résultats révèlent que les stagiaires issus de formations professionnalisantes (ENS, ESEF, Masters) développent une identité professionnelle plus solide grâce à une immersion efficace et un encadrement structuré. En revanche, ceux venant de formations généralistes (Licences, disciplines scientifiques) rencontrent davantage de doutes et de fragilités identitaires. Les disciplines littéraires favorisent une meilleure appropriation des valeurs du métier, tandis que les disciplines scientifiques ou techniques sont associées à plus d’hésitations. Le cycle d’enseignement (collège vs lycée) et le niveau académique (Licence, Master, Doctorat) influencent également la stabilité de l’engagement et la projection dans le métier.

En définitive, la construction de l’identité professionnelle est un processus complexe, influencé par la formation initiale, les caractéristiques personnelles et les contextes de pratique du terrain. La recherche recommande de renforcer l’accompagnement personnalisé, d’intensifier les pratiques immersives, de promouvoir le tutorat et de concevoir un référentiel national des compétences intégrant les dimensions identitaires du métier, dans un pays en pleine mouvance professionnalisante. Inspirée par les travaux de Perrenoud, Bélisle et Tardif, l’étude souligne également l’importance de l’alternance théorie-pratique, de la réflexivité et des communautés professionnelles de pratique. Bref, une formation cohérente et durable, débutant dès le post-baccalauréat, devrait être pensée comme un processus évolutif, révisable et adapté aux défis du terrain, pour assurer une professionnalisation authentique et efficiente.

Forum de l’Éducation ESDST’2026 — Hôtel Verdi, Gammarth (Tunisie)