Les visées du stage en situation d’emploi dans le parcours de professionnalisation enseignante
Résumé
Dans le contexte actuel de pénurie de personnel enseignant, les stages en situation d’emploi (SSE) occupent une place croissante dans la formation initiale à l’enseignement. Les SSE, qui conjuguent un contrat d’emploi et une expérience de formation universitaire, se distinguent des stages traditionnels par leur double finalité : répondre aux besoins urgents du système éducatif tout en assurant la professionnalisation des personnes en formation. Toutefois, les recherches sur l’accompagnement et les visées pédagogiques des SSE s’avèrent émergentes et peu nombreuses. La présente communication s’inscrit dans la continuité de nos travaux sur l’accompagnement en contexte de concomitance emploi-formation et vise à mieux comprendre les visées du SSE, telles que perçues par les personnes étudiantes et accompagnantes.
L’étude prend appui sur un dispositif de recherche collaborative organisé autour d’un évènement de collecte de données réunissant des personnes stagiaires, accompagnantes et formatrices universitaires provenant de plusieurs milieux. La communication mobilise exclusivement les journaux réflexifs qu’elles ont rédigés au fil de l’évènement. Deux temps structurent cette collecte :
(1) une réflexion individuelle préalable aux groupes de discussion, (2) la formulation de constats personnels à l’issue des échanges intermilieux afin de consigner les apprentissages et les prises de conscience individuelles. L’analyse qualitative de contenu a permis d’identifier les significations attribuées aux visées des SSE.
L’analyse du corpus révèle que les personnes participantes conçoivent le SSE comme un espace d’apprentissage intégré, à la fois formateur et professionnalisant. Trois grandes visées émergent.
(1) Les visées formatives concernent le développement des compétences pédagogiques en cours d’emploi, la transposition des savoirs théoriques dans la pratique, la planification, la gestion de classe et l’usage du jugement professionnel. Les personnes participantes évoquent la nécessité de « faire des liens » entre les enseignements universitaires et les réalités du terrain.
(2) Les visées identitaires traduisent le désir de consolider la confiance et la posture de la personne enseignante appelée à exercer son autonomie dans un contexte marqué par diverses contraintes (rythme scolaire, responsabilités envers l’employeur, élèves, etc.). Le SSE agirait comme un accélérateur du sentiment d’efficacité personnelle.
(3) Les visées relationnelles mettent en avant la coconstruction du savoir entre pairs et auprès des personnes accompagnantes. Les témoignages insistent sur la valeur du soutien bienveillant, de la rétroaction constructive et de la collaboration continue pour stabiliser la transition vers l’enseignement.
Les journaux font également ressortir plusieurs tensions : surcharge temporelle liée à la double fonction stagiaire-enseignant(e), variabilité de l’accompagnement, confusion entre visées formatives et évaluation. Pour plusieurs, le SSE s’apparente à une « mise en scène » de la compétence plutôt qu’à un espace d’expérimentation réel. Néanmoins, les échanges intermilieux ont favorisé une redéfinition collective du SSE comme processus de coformation professionnelle centré sur la reconnaissance mutuelle de l’expertise déjà acquise et le bien-être au travail.
Ces résultats soutiennent que le SSE constitue un dispositif d’articulation entre emploi et formation, favorisant la maturation professionnelle et l’autonomisation. Ils réaffirment la nécessité d’un accompagnement balisé entre les institutions. Dans ces conditions, le SSE devient un levier durable de professionnalisation, plutôt qu’une réponse conjoncturelle à la pénurie enseignante.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.