Surmonter les tensions entre conceptions et pratiques en contexte d’insertion professionnelle : bénéfices d’un dispositif de mentorat axé sur la collaboration chercheur·ses-praticien·nes
Résumé
L’insertion professionnelle est une étape déterminante pour les enseignant(e)s débutant(e)s, souvent marquée par des tensions entre les savoirs acquis lors de la formation initiale et la réalité de la pratique en classe (Martineau et Mukamurera, 2012; Tardif, 2018). Ces confrontations peuvent entraîner des remises en question, provoquant parfois une « érosion pédagogique », plaçant l’enseignant dans une condition de survie (Mukamurera, 2014). Bien que les recherches relatives aux tensions entre les conceptions et les pratiques pédagogiques existent dans le cadre de la formation initiale, celles-ci sont moins explorées dans le contexte de l’insertion professionnelle (Araújo-Oliveira, 2012, 2019; Bartos et Lederman, 2014).
Pour combler cette lacune, un dispositif de soutien à l’insertion professionnelle a été mis en place entre 2019 et 2021, dans le cadre d’un projet pilote financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH, Therriault et al., 2018-2022). Ce projet a consisté à accompagner quatre enseignant(e)s débutant(e)s du secondaire au Québec (disciplines d’enseignement : sciences et technologie, univers social) afin de les aider à mieux arrimer leurs conceptions et pratiques pédagogiques.
Cette communication présente des données recueillies lors d’un entretien de groupe (focus group), réalisé en fin d’accompagnement. Elle vise à identifier les bénéfices perçus du dispositif mis en place. Les résultats, analysés à l’aide d’une grille d’analyse de contenu thématique mixte (Bardin, 2007), soulignent que le dispositif a permis aux enseignant(e)s débutant(e)s d’articuler de manière plus cohérente leurs pratiques pédagogiques à leurs croyances et convictions personnelles sur l’enseignement et l’apprentissage, réduisant ainsi les tensions entre les deux construits. Ce dispositif a notamment renforcé leur autonomie professionnelle, leur confiance en leurs capacités et leur résilience face aux défis de l’insertion professionnelle. Les enseignant(e)s ont ainsi pu transformer des situations de survie en tant que débutant(e)s en véritables opportunités d’apprentissage, en ajustant leurs pratiques enseignantes et en consolidant leur développement professionnel continu.

Le Forum mondial sur l’éducation, tenu en mai 2015 à Incheon sous l’égide de l’UNESCO et ses partenaires, s’est conclu par la Déclaration d’Incheon pour l’Éducation 2030, un engagement historique de transformer la vie grâce à une nouvelle vision de l’éducation et à des actions courageuses et innovantes pour la réaliser. Le Cadre d’action Éducation 2030, qui établit cette nouvelle vision de l’éducation pour les 15 années à venir, a été adopté par plus de 180 états membres de l’UNESCO. Quatre ans plus tard, à la 9e Réunion mondiale de la Consultation collective des ONG pour Éducation 2030 (CCONG-Éducation 2030), qui s’est tenue en Tunisie en 2019, les organisations participantes ont affirmé que le monde est confronté à une crise éducative, causée par un manque de volonté politique, une faible priorisation de l’éducation et un financement insuffisant. De plus, elles ont constaté une tendance croissante à la commercialisation de l’éducation, ce qui contribue à creuser davantage les inégalités. Les systèmes éducatifs mondiaux ne semblaient pas respecter l’engagement pris dans le programme Éducation 2030. Le ministre de l’Éducation de la Tunisie d’alors avait, à la même occasion, souligné que la plupart des pays n’avancent pas suffisamment pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Il a appelé à une reconnaissance de l’importance stratégique de l’éducation pour toutes les nations et a encouragé la société civile à jouer un rôle majeur dans la mobilisation pour y parvenir.